Editoriaux - 23 octobre 2018

Braquages, agressions, insultes, crachats… aucun point commun ?

C’est plus fort que moi : quand je suis au volant, j’écoute des infos pendant quelques minutes, histoire de savoir quelle sera l’indignation officielle du jour. Hier, c’était une prof braquée dans sa classe, avant-hier un ou deux homos frappés dans la rue, quelques jours avant une femme pelotée dans le métro, un flic ou un chauffeur de bus qui essuie un crachat, etc. Jadis, on appelait ça des « faits divers », et ils étaient relatés deux ou trois jours plus tard, en bas d’une page de fin de journal, à la rubrique « chiens écrasés » confiée au journaliste stagiaire.

Aujourd’hui, c’est un véritable « Boléro de Ravel » médiatique, reprenant le thème d’heure en heure dans un crescendo d’intervenants. On commence par interviewer la victime, ce qui est normal. Rapidement, on aura ses collègues et son chef. Et, en fin de matinée, ce sera l’indignation du représentant syndical de la profession. Après la pause sacrée du déjeuner, ce sera au tour des associations d’entrer dans la danse : le « collectif des lesbiennes sadomasochistes fétichistes du latex » appellera solennellement au « plus jamais ça ». Vers quinze heures, Marlène Schiappa prend la tête de la rafale de tweets ministériels, voire élyséens, sur l’air de « l’État ne laissera pas fouler aux pieds les valeurs républicaines » ; puis un Numéro Vert et une cellule de soutien psychologique sont activés d’urgence. À l’heure de l’apéro, tandis que Yann Barthès se gausse d’une tache de jaune d’œuf sur la cravate d’un préfet, tous les éditorialistes dissertent gravement sur le « phénomène de société ».

Face à un Rioufol ou à un Goldnadel qui rament pour en placer une, la déferlante de ceux qui pensent bien.

Pour Nicolas Domenach, c’est la faute à Zemmour. Pour Rokhaya Diallo, c’est dans le racisme et le machisme ontologique du Blanc que réside le mal. Pour Gérard Miller, si les Français avaient eu la lucidité de voter Mélenchon, on n’en serait pas là. Pour Alain Duhamel ce n’est pas faux, mais l’inverse pourrait bien être vrai aussi et, d’ailleurs, on voyait déjà ça sous Guy Mollet.

Au terme de la folle journée, toutes les hypothèses diagnostiques pour expliquer la montée régulière de la violence tous azimuts et sa banalisation auront été évoquées par ces brillantes intelligences.

À l’exception de la principale, qu’il n’est pas besoin d’être profileur du FBI pour soupçonner. Quand on enquête sur un serial killer, on regarde ce que leurs victimes avaient de commun. Alors, pour comprendre une « serial délinquance », pourquoi ne regarde-t-on presque jamais ce que les auteurs ont de commun ?

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