Editoriaux - Politique - 3 janvier 2018

En boycottant l’hommage au préfet Érignac, Talamoni ne fait pas honneur à sa cause

Quoi qu’on pense de la situation politique en Corse et des aspirations d’une partie de la population à l’indépendance ou à l’autonomie, il y a quelque indécence dans le refus de Jean-Guy Talamoni – qui vient d’être réélu président de l’Assemblée de la nouvelle collectivité territoriale – de participer à la cérémonie qui sera organisée, le 6 février, pour commémorer le vingtième anniversaire de l’assassinat du préfet Claude Érignac. Un monument en sa mémoire doit être inauguré par le chef de l’État à Ajaccio, sur les lieux mêmes où il fut abattu par un commando de deux tueurs.

Certes, on peut reconnaître qu’il a de la suite dans les idées, puisqu’il était également absent lors des hommages publics rendus en 2016 et 2017. Mais la constance n’efface pas le caractère choquant de son attitude : au contraire, elle l’accentue. D’autant plus qu’il n’est pas, en cette occasion, un simple militant nationaliste, ni l’avocat de figures de la lutte armée, il représente l’ensemble des élus de Corse, qui sont loin de tous partager son point de vue.

Pour justifier son absence, il sait, comme le disait Tartuffe, « rectifier le mal de l’action / Avec la pureté de [son] intention » : ce qui n’est pas un compliment.
Il évoque sa « pudeur », argue que la famille de Claude Érignac ne souhaiterait certainement pas sa présence à l’hommage. Peut-être. Mais c’était l’occasion de lui exprimer des regrets et un peu de compassion. Il assure qu’il ne manifeste aucune défiance à l’égard du président de la République, qu’il accuse cependant de ne pas être « au courant de la question corse ». C’est possible. Mais quand on a une fonction officielle, boycotter une cérémonie présidée par le chef de l’État est plus qu’un manque de courtoisie : c’est une faute.

En 1998, il avait bien condamné l’assassinat du préfet, mais jamais ses auteurs, qu’il considère comme des « prisonniers politiques » pour lesquels il réclame l’amnistie. Attitude pour le moins ambiguë qui consiste à condamner l’acte et non ceux qui l’ont commis. En 2016, dans un communiqué, il avait déclaré : « J’œuvrerai, en tant que président de l’Assemblée, et avec l’ensemble des responsables de la Corse, afin de consolider l’apaisement se dessinant actuellement sur l’île. » Il ne semble pas en prendre le chemin.

Pour sa part, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif, devrait être présent, comme les années précédentes. En 2016, lui qui avait défendu Yvan Colonna lors de son procès estimait qu’il était de son « devoir » d’assister aux cérémonies d’hommage au préfet pour « préparer la réconciliation et construire la paix ». Une attitude plus digne et plus responsable que celle de son allié.

En ne voulant pas s’associer à l’hommage rendu au préfet Claude Érignac, Jean-Guy Talamoni ne fait pas honneur à la cause qu’il défend.

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