Culture - Editoriaux - Entretiens - Histoire - Médias - Presse - 16 octobre 2014

Boko Haram : une mafia africaine sous paravent religieux ?

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Avec Daech, on n’entend plus guère parler de Boko Haram. La faute aux médias ?

Dans la presse africaine, on en parle beaucoup. Et dans la lutte contre Boko Haram, les Camerounais ont déjà perdu nombre de soldats. Loin des médias occidentaux, loin du cœur ; mais la réalité, elle, est toujours là…

Entre mouvements islamistes, peut-il y avoir jonction entre fondamentalistes issus d’Afrique subsaharienne et leurs homologues d’origine et de culture arabe ?

Non ! Il peut y avoir des ponts ou des coups de mains éventuels, pour des trafics illicites, le plus souvent, mais un Noir musulman sera toujours plus proche d’un Noir chrétien que d’un Arabe musulman. Dans l’imaginaire local, le Noir demeure l’esclave et l’Arabe l’esclavagiste. Après, l’islam ne consiste jamais qu’à surinfecter des plaies déjà existantes. Après, il y a des revendications territoriales locales. Mais il s’agit là d’une tout autre histoire…

Plus précisément…

Au Nigeria, les chrétiens du Sud sont maintenant au pouvoir avec le président Goodluck Jonathan, un chrétien – enfin, un protestant, pour être plus précis –, ce que les habitants du Nord, musulmans pour la plupart, ne peuvent admettre. Mais il s’agit là plus de querelles ethniques que religieuses. Après, n’oubliez pas l’enjeu pétrolier, sans négliger les souvenirs historiques, tel celui du califat de Sokoto, fondé au XIXe siècle par Usman dan Fodio, et tenu depuis pour « âge d’or » par nombre de musulmans locaux…

Dans ce paysage, quelle est la part du crime plus ou moins organisé, sachant qu’un otage européen se revend presque aussi bien qu’une cartouche de cigarettes ?

Primordiale, même si Xavier Raufer la réduit à 10 % du problème – je pense qu’elle est légèrement plus importante, de l’ordre de 15 à 20 %, peut-être. Elle devient d’ailleurs de plus en plus importante, sachant qu’avec l’implication de la France au Mali et en Centrafrique, la traditionnelle route de la drogue a dû emprunter des chemins détournés. Lesquels passent désormais par la Libye et le golfe de Guinée, là où les groupes islamistes pullulent. Et pour eux, toute source de financement est bonne à prendre.

Nous sommes donc assez loin de la croisade des démocraties…

Assez loin, en effet.

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