Editoriaux - International - 5 novembre 2018

Bilan des régionales et municipales en Pologne : statu quo pour les deux camps ennemis

Le deuxième tour des élections municipales qui se déroulait dimanche dans un peu plus de 600 localités polonaises a été quasiment sans surprise, puisqu’il a confirmé la tendance observée au premier tour deux semaines plus tôt : le PiS, plus conservateur et modérément souverainiste, domine à la campagne et dans les petites villes, et plus généralement dans l’est du pays, tandis que les libéraux à tendance libertaire et européiste dominent largement dans les grandes villes et sont globalement plus forts que le PiS dans la moitié ouest du pays.

Les deux plus grandes victoires remportées par la coalition des libéraux ont sans conteste été la capitale, Varsovie, et la ville de Łódź (Lodz, en français). Dans ces villes, le candidat de la coalition civique (KO), constituée de la Plate-forme civique (PO, le parti de Donald Tusk) et de Nowoczesna (« Moderne », un parti créé pour les élections de 2015), l’a emporté dès le premier tour avec, respectivement, plus de 56 % des voix contre plus de 70 %. C’est aussi le candidat de la KO qui l’a emporté dès le premier tour à Wrocław, avec 50,2 % des voix, et à Poznań, avec près de 55 % des voix. Au deuxième tour, des libéraux, qui n’étaient certes pas les candidats de la KO mais avaient son soutien après l’élimination de cette coalition dès le premier tour, ont encore remporté la mairie contre le candidat du PiS à Gdańsk et Cracovie, dans les deux villes avec près des deux tiers des voix. À Przemyśl, ville du sud-est de la Pologne située près de l’Ukraine, le PiS s’est, en revanche, fait déborder sur son aile droite par le candidat du parti Kukiz’15. La question des relations avec l’Ukraine, où le PiS est accusé par Kukiz’15 de complaisance sur la question de la reconnaissance par Kiev du génocide de 1942-44 en Volhynie, n’y a sans doute pas été pour rien.

C’est donc une déception pour le PiS qui, s’il connaît sa faiblesse dans les grandes villes, espérait malgré tout que ses candidats feraient mieux. Ces victoires redonnent en revanche espoir aux libéraux, et a rendu inutiles les accusations de falsification des élections qu’ils s’apprêtaient à avancer en cas de grosse défaite. Ces élections ont prouvé que la démocratie se porte bien en Pologne. Les deux partis libéraux n’ont toutefois pas non plus de quoi trop se réjouir.

En effet, la Pologne est un pays plutôt rural, et les habitants des grandes villes y restent minoritaires. Le PiS a confirmé dans ces élections son assise électorale au niveau national, avec 34 % des voix aux élections régionales. C’est moins qu’aux législatives de 2015, où il avait obtenu un peu plus de 37 % des voix. Néanmoins, si l’on tient compte du fait que le parti agraire fait toujours mieux aux régionales (en l’occurrence environ 13 %) qu’aux législatives (où il peine à dépasser le seuil des 5 % pour entrer à la Diète) avec un électorat rural plutôt conservateur, et si l’on tient compte des plus de 6 % obtenus par les listes liées à aucun parti, ces 3 % de perdus entre les législatives et les régionales ne représentent pas, pour le PiS, une perte de popularité.

Si l’on compare ces élections aux élections régionales de 2014, on s’aperçoit, par ailleurs, que le PiS a progressé de 8 points, que la coalition des libéraux obtient autant en 2018 (environ 27 %) que la seule PO en 2014 et que le PSL, allié de la PO dans les gouvernements de Donald Tusk, a perdu autant de points que le PiS en a gagné. S’il n’avait obtenu la majorité absolue que dans une voïvodie sur seize en 2014, le PiS pourra désormais gouverner seul dans six voïvodies contre une pour la KO.

Ces élections sont donc un avertissement pour le PiS, mais Bruxelles aurait tort de miser gros sur une défaite des conservateurs polonais aux prochaines élections législatives en 2019. Le premier sondage publié après ces élections municipales et régionales prédit, d’ailleurs, une nouvelle majorité absolue pour le PiS au Parlement.

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