BHL, le peuple, les gilets jaunes et, évidemment, Emmanuel Macron

S’il en est un qui n’ira pas passer ses vacances avec les gilets jaunes, c’est bien Bernard-Henri Lévy. Le 17 novembre 2018, au tout début du mouvement, il tweetait : « Poujadisme des gilets jaunes. Échec d’un mouvement qu’on nous annonçait massif. Irresponsabilité des chaînes d’info qui attisent et dramatisent. Soutien à Macron, à son combat contre les populismes et à la fiscalité écolo. » Arielle, pendant que j’y pense, tu as réservé les billets d’avion pour Marrakech ?

Moins de deux mois après ce tweet et quelques semaines après le recul de Macron sur la fiscalité écolo, BHL vient de donner un long entretien aux Échos dans lequel il ne mâche pas ses mots. Les gilets jaunes : « Un vrai mouvement social. Mais animé de passions tristes, mortifères, nihilistes. » Sans doute y a-t-il de la tristesse chez ces gens qui ont le mauvais goût de ne pas pouvoir boucler leurs fins de mois et qui pressentent que leurs enfants vivront moins bien que leurs parents et grands-parents. Mais, en même temps, il semble que ce mouvement soit traversé par une passion, celle d’une certaine France qui est en train d’échapper aux mains de ces Français, souvent « petits Blancs ». Est-ce une passion mortifère que de vouloir garder ce qu’il reste de France en ce pays ? Mais la passion pour la France de ces ploucs est sans doute bien triste aux yeux de ceux qui ont la chance de pouvoir parcourir le monde en jet. D’ailleurs, c’est écolo, le jet : la preuve, il n’est pas taxé comme le diesel ! « Passions nihilistes » ? Peut-être, chez certains, et c’est regrettable. Il est vrai que lorsqu’on n’a rien, l’on peut malheureusement être tenté par le nihilisme. Mais on ne peut ignorer que, sur les ronds-points, se sont créées aussi de vraies, d’authentiques solidarités. Qu’en certains endroits, on y a fêté Noël, qu’un évêque s’est même déplacé, avec ou sans chasuble jaune : peut importe ! Tout cela n’est pas rien, mais Lévy ne veut retenir que les passions tristes, mortifères et nihilistes. Point barre.

Et puis, il semble, pour lui, qu’il n’y a pas les bons et les mauvais gilets jaunes. Notre philosophe dénonce « ces contorsions intellectuelles grotesques pour distinguer entre “vrais gilets” (sanctifiés) et les “mauvais” (dévoyés). C’est l’éternelle génuflexion des dévots pressés de communier, quoi qu’elles disent, avec les foules qui s’autoproclament “le peuple”. » Donc, dézinguez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ? On notera, tout de même, une certaine nostalgie de BHL pour le prolétariat d’avant : « …sauf que le prolétariat d’autrefois avait, quand même, une autre allure. » Franchement, tous ces ploucs, ces beaufs, vous ne trouvez pas que ça manque de tenue, d’élégance, de conversation. Ah, cette nostalgie de la bête humaine suant sous le bleu de chauffe !

Mais puisqu’on parle du peuple, Bernard-Henri Lévy a une idée bien précise sur le sujet. « J’ajoute qu’il y a cette nouvelle sacralisation du peuple, qui est une autre maladie de la démocratie. » Certes, la démocratie, c’est la souveraineté du peuple. Mais « en partie ». À condition, en effet, que le souverain, « comme n’importe quel souverain, consente à limiter ses pouvoirs, à se plier à des lois fondamentales »… Mais qui établit les lois fondamentales, dans une démocratie ? Le peuple, non ? On comprend mieux, alors, qu’avec une telle philosophie, qui est celle d’un grand nombre de nos gouvernants, l’on se soit assis sur le référendum de 2005. C’est aussi avec cette philosophie que l’on instaure le gouvernement des juges. C’est avec cette philosophie qu’aujourd’hui, l’on fixe des limites, des lignes rouges au grand débat national : on peut parler de tout sauf de…

Finalement, la démocratie ne serait pas un forum mais une cour d’école dans laquelle le maître siffle la fin de la récréation quand il le souhaite. Inutile de préciser que Bernard-Henri Lévy est opposé au référendum d’initiative citoyenne et qu’Emmanuel Macron trouve toute grâce à ses yeux.

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