La traite arabo-musulmane ? 17 millions d’esclaves !

Historien, spécialiste de l'Afrique

Expert auprès du TPIR, conférencier au Centre des Hautes Etudes militaires, à l'Institut des Hautes Etudes de Défense nationale, il dirige un séminaire au Collège interarmées de Défense (Ecole de Guerre)

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Bernard Lugan s’est fait une spécialité : il tire à vue sur les idées reçues, les clichés et autres mythes construits de toutes pièces. Et il n’en manque pas dès que journalistes et politiciens abordent les questions africaines. Son dernier livre « Mythes et manipulations de l’histoire africaine » les recense et leur tord le cou. Il en compte une quinzaine, de la seule culpabilité européenne dans la traite des Noirs à la prétendue complicité de la France dans le génocide au Rwanda. Boulevard Voltaire a décidé de publier des extraits de cet ouvrage qui s’en prend avec vigueur et talent à l’idéologie de la repentance. Une bouffée d’air frais. Troisième et dernier volet.

L’Afrique sud-saharienne fut victime de trois traites : la traite interafricaine, la traite arabo-musulmane et la traite atlantique. Olivier Pétré-Grenouilleau a donné les chiffres suivants les concernant : la traite atlantique ou traite européenne porta sur 11 millions d’individus ; la traite interne ou interafricaine sur 14 millions ; et les traites arabo-musulmanes, sur 17 millions pour la période 650-1920. Au total, 42 millions d’Africains furent donc les victimes de cette odieuse pratique.

En France, la liberté de recherche a pris un rude coup en 2001 avec le vote à l’unanimité, donc par tous les députés de « droite », et en première lecture, de la loi dite « loi Taubira ». Définitivement adoptée par les sénateurs le 10 mai 2001, elle qualifie la traite transatlantique, c’est-à-dire la seule traite européenne de « crime contre l’humanité ». Cette loi est un véritable affront fait à l’histoire en ce sens qu’elle n’envisage qu’une seule traite, celle qui fut pratiquée par les seuls Européens, les Blancs étant évidemment les seuls coupables. Christiane Taubira a d’ailleurs clairement expliqué sa démarche en déclarant qu’il ne fallait pas évoquer la traite négrière arabo-musulmane afin que les « jeunes Arabes (…) ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes » ! (L’Express du 4 mai 2006).

Or, que cela plaise ou déplaise à Madame Taubira, et en dépit du terrorisme médiatique, la traite arabo-musulmane a bien existé et elle est bien documentée. Elle débuta au VIIIe siècle et ne prit fin qu’avec la colonisation de l’Afrique. Au XIXe siècle, l’abolition décidée unilatéralement par les Européens ne la concerna pas, ce qui fit que depuis la Libye, au nord, ou depuis Zanzibar, à l’est, des caravanes organisées militairement continuèrent donc à dévaster des régions entières de l’Afrique sud-saharienne.

Alors que la traite européenne porta essentiellement sur des hommes en état de travailler sur les plantations, la traite arabo-musulmane concerna d’abord les jeunes filles (60 %) et les enfants (10 %). Le plus souvent, les garçons étaient émasculés pour fournir les eunuques gardiens des harems. Les malheureuses victimes devaient avoir atteint l’âge de la puberté pour subir cette cruelle opération car il fallait que leur appareil génital soit bien visible. Comme verge et testicules étaient retirées, la mortalité était considérable, d’où le prix élevé des eunuques.

Dans l’Afrique de l’Ouest sahélienne où les esclavagistes dévastaient le sud du Tchad et jusqu’au centre de l’actuelle Centrafrique, cette traite dura jusqu’en 1911, jusqu’à la mort du chef esclavagiste Snoussou, tué dans un combat contre les troupes françaises.

En mer Rouge, le commerce des esclaves fut également florissant et cela jusqu’à l’installation de la Grande-Bretagne à Aden en 1839, de la France à Obock en 1862, puis à Djibouti en 1884. Dans l’intérieur, les razzias se poursuivirent puisque, en 1888, sur le seul marché de Médine, en Arabie, 5 000 esclaves noirs furent vendus. Ces captifs venaient en partie des régions périphériques de l’Ethiopie, et notamment du sud de l’empire où la traite était encore importante à la veille du premier conflit mondial.

Dans le haut-Nil, en 1830, l’Egypte fonda la ville de Khartoum qui fut un important centre esclavagiste. Dans les principales villes d’Egypte, se tenaient des foires sur lesquelles des marchands spécialisés proposaient des esclaves aux acheteurs venus de tout le Moyen-Orient. En 1883, 32 « traitants » avaient pignon sur rue au Caire. Les principales zones de capture furent le Bahr el Ghazal (région de Fachoda) et l’Equatoria (nord du lac Albert).

La traite zanzibarite ravagea quant à elle toute une partie de l’Afrique orientale et centrale, depuis le nord de l’Ouganda jusqu’au Mozambique, et de l’océan Indien au fleuve Congo. Elle est très bien connue grâce aux nombreux témoignages laissés par des voyageurs européens. Tirant l’essentiel de ses revenus de la vente des esclaves, le sultan de Zanzibar avait constitué un corps de fonctionnaires chargé de tenir un compte précis du nombre de captifs débarqués sur son île. Grâce aux registres des perceptions douanières, nous savons ainsi qu’entre 1830 et 1873, date de sa fermeture, de 600 000 à 740 000 esclaves furent vendus sur le seul marché de Zanzibar, soit environ 20 000 esclaves par an. Ces chiffres, qui ne valent que pour le commerce officiel de Zanzibar, ne tiennent pas compte de la contrebande.

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