Editoriaux - 26 janvier 2019

Bernard-Henri Lévy est parti en croisade contre le populisme

Ça y est, Bernard-Henri Lévy est parti ! Où ça ? « En croisade ! » Vingt villes européennes auront l’insigne honneur de lui offrir une scène afin que ce « visage de Christ tourmenté », à travers sa dernière pièce Looking for Europe, « porte la parole de l’Europe unie », pour contrer ceux qui « veulent sa mort ». C’est ce qu’il annonce, tonitruant, dans Le Temps. Mais aussi dans l’émission « Infrarouge », sur la chaîne suisse RTS, où il a abreuvé les téléspectateurs des sempiternels et fallacieux arguments pro-Europe.

Les peuples européens commencent à se révolter parce que l’Europe qu’on leur a vendue pour mieux la leur imposer leur fait subir tout ce qu’elle était censée juguler ? Malheureux, mais si l’Europe se désagrégeait, BHL l’affirme, « ce sera le chaos », « la misère », « le retour des conflits » entre nations, « les nationalismes linguistiques », tout cela va « se déchaîner », il y aura « des turbulences extrêmes » ! Mais alors, chômage, injustice sociale, fins de mois impossibles à boucler, déclassement, montée du nationalisme catalan, délinquance accrue, terrorisme islamique qu’on ne connaissait pas jusqu’aux années 80, ça vient d’où ?

Mais BHL est tellement loin de tous ces maux. Forcément : à l’homme à l’éternelle chemise blanche, l’Europe n’apporte que des bienfaits. Et sa défense lui vaut d’être invité sur tous les plateaux télé, accueilli tel un prophète détenant la vérité. L’Europe, l’ouverture à tout-va des frontières et la libre circulation des capitaux, un pur bonheur pour celui qui partout se sent chez lui.

Ah, les « chez-lui » de BHL ! C’est qu’il ne ressemble pas à un gilet jaune qui passe ses week-ends sur les ronds-points parce qu’il a du mal à payer ses traites – quand il n’a pas purement et simplement dû renoncer à acquérir un chez-soi. Des « chez-lui », des maisons, BHL en a « tellement », disait-il, la bouche en cœur, en 2017. Paris, New York, Marrakech ! En goguette aux quatre coins de la planète, il n’a même pas le temps d’en profiter !

Alors, que peut-il comprendre à ce peuple « nihiliste », empêcheur de mondialiser en rond et qui déteste les élites… BHL en est réduit à se pincer le nez : « Cette détestation des élites comme du système, pardonnez-moi, mais ce sont les maîtres arguments d’un populisme qui sent de plus en plus mauvais ! » Et puis, « arrêtons de sacraliser le peuple. En Europe, le peuple ne doit pas être le seul souverain. » Vous avez bien entendu : ce BHL qui s’est voulu le propagateur de la démocratie en Libye – avec le résultat que l’on sait – a peur de la souveraineté du peuple en Europe…

C’est Slobodan Despot, écrivain eurosceptique et fondateur de la revue Antipresse, qui a ramené notre résistant d’opérette à la réalité en lui répondant, sur le plateau de RTS : « Enfilez un gilet jaune si vous voulez vous poser en rédempteur, et prenez la tête d’une manifestation où on vous tirera dessus à balles réelles, fussent-elles en caoutchouc. Vous ne risquerez que de perdre un œil mais entrerez dans l’Histoire comme vous rêvez de le faire car jusqu’ici, vous n’avez réussi qu’à vous prendre des tartes à la crème ! »

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