Moi, islamophobe de gauche et de droite

Journaliste et essayiste
 

Il y a des jours, très rares il est vrai, où Boulevard Voltaire ressemble à une auberge espagnole. Vous savez, ces endroits formidables et accueillants où chacun trouve ce qu’il y apporte. M. Aissam Aït Yahya, islamologue raffiné et assurément distingué, y a donc apporté un texte. Il est touffu et d’une très grande complexité.

La pensée de M. Aissam Aït Yahya est en effet à la clarté ce que les arabesques sont à une ligne droite. Pour pénétrer dans cette jungle encombrée de lianes, il faut y aller à la machette. Tristes tropiques ! Une expédition qui nécessite de vrais efforts, mais le résultat en vaut la peine. L’islamologue cité plus haut n’aime pas l’islamophobie. C’est assez banal. Il n’aime pas non plus la gauche et lui préfère la droite. C’est encore plus banal.

Mais ça se complique quand M. Aissam Aït Yahya donne sa définition de l’islamophobie. Celle-ci serait intrinsèquement, ontologiquement, existentiellement de gauche. En effet, selon lui, la gauche droit-de-l’hommiste, laïciste et (de surcroît) colonialiste s’acharnerait depuis toujours à éradiquer l’« identité musulmane » après avoir eu la peau de l’« identité chrétienne ».

La droite, elle, ne serait pas souillée par ce péché originel. Cependant, reconnaît-il, elle compte aussi dans ses rangs des islamophobes.

Et cela parce que – pauvre droite, vierge et innocente – elle se serait laissé corrompre ou séduire par l’idéologie gauchisante dont il faudrait sans doute dater la naissance à 1789. Allah, Allah, que de bêtises écrit-on en ton nom !

Moi, je suis islamophobe. Ce mot, supposé péjoratif et inventé par les islamistes, ne me gêne pas. Je suis un islamophobe de gauche, parce que je préfère Voltaire, avec tous ses défauts, aux bourreaux de Calas et du chevalier de La Barre. Je suis un islamophobe de gauche car je ne vois pas d’inconvénient à devenir un bouffeur d’imams, moins goinfre quand même que ceux qui furent naguère des bouffeurs de curés. Mais je suis aussi un islamophobe de droite car je rentre dans les églises, et pas dans les mosquées, préférant me découvrir plutôt que me déchausser. Je suis un islamophobe de droite car, suivant en cela le pape Benoît XVI, je considère que Mahomet fut pour l’essentiel un chef de guerre assez sanguinaire.

M. Aissam Aït Yahya est un homme pieux. Il a la foi. Une foi au nom de laquelle il appelle la droite et la France à retrouver leurs racines chrétiennes. En conséquence de quoi les valeurs de l’identité musulmane, menacées de destruction par la gauche, pourront s’épanouir en toute quiétude. Deux religions de paix et d’amour où se mêleront harmonieusement les sonneries de cloches de Notre-Dame et les appels du muezzin ! Ce faisant, notre islamologue n’est peut-être pas conscient du fait que son joli rêve risque de tourner vite au cauchemar. Supposons que la France redevienne, tel est son désir, la fille aînée de l’Église. Qui sait si alors de nouveaux croisés n’entameront pas de vigoureuses chevauchées dans le but d’évangéliser les mécréants mahométans ou d’occire ceux qui refuseraient d’adorer la Croix ?

Des fleuves de sang en perspective. Mais ne soyons pas trop pessimistes. Tout cela se terminera par un duel où l’on verra s’opposer, dans un combat singulier, les paroissiens de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et les fervents fidèles de la mosquée salafiste de la rue Jean-Pierre-Timbaud.

Benoît Rayski
Journaliste et essayiste
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