Armées - Editoriaux - 20 novembre 2018

Benoît Lecomte : « De Gaulle avait refusé de débaptiser la promotion Pétain… »

La promotion 2016-2019 « Général Loustaunau-Lacau » de l’école militaire Saint-Cyr va-t-elle devenir une promotion fantôme ?

C’est à craindre, depuis que le chef d’état-major, en concertation avec le ministre des Armées, a décidé de la débaptiser, jugeant son modèle antisémite. De quoi provoquer bon nombre de réactions.

Au micro de Boulevard Voltaire, Benoît Lecomte, saint-cyrien de la promotion Lieutenant Tom Morel.

La promotion Général Loustaunau-Lacau à Saint-Cyr s’est fait débaptiser. Certains ont trouvé fort peu à propos qu’une promotion de Saint-Cyr porte le nom d’un Général, certes connu pour ses hauts faits de résistance et sa déportation en camp de concentration, mais également pour des prises de position que d’aucuns jugent anti- communistes, anti-Allemands et antisémites.
Vous qui êtes ancien de Saint-Cyr, que vous inspire cette décision ?

J’ai toujours du mal avec les décisions qui portent sur des évènements qui se sont passés 60 ans avant et qu’on juge à l’aune de l’idéologie du moment. Le parrain dont vous parlez a été nommé Général en 1955. Il avait déjà fait l’objet de ce genre d’accusations et avait été totalement blanchi.
Je trouve donc cela assez ridicule.

On a évidemment fouillé toutes les archives pour essayer de trouver un précédent. A priori, c’est la première fois qu’une promotion de Saint-Cyr est débaptisée.

Oui, c’est la première fois. Il y avait déjà eu une tentative avec la promotion Pétain. Certains avaient demandé à De Gaulle de débaptiser la promotion Pétain. De Gaulle avait refusé, car il estimait qu’un nom de promo était un morceau de l’Histoire de France et qu’il n’y avait pas lieu de le faire.
C’est vraiment une nouveauté qui prouve que la pensée unique est de plus en plus restrictive aujourd’hui, bien plus qu’elle ne l’était avant.


On a évidemment tenté de joindre des membres de la promotion. Aucun d’entre eux n’a souhaité s’exprimer sur ce sujet étant donné la symbolique de la grande muette qui continue de fonctionner.
Néanmoins, on a quand même senti beaucoup de colère et d’incompréhension parmi tous les militaires à qui on a parlé.
Touche-t-on un peu au sacré en débaptisant le nom de promotion ?

Le nom d’une promotion est le choix des élèves. Il y a déjà quelques filtres. Ce nom-là a été donné en 2017. Il faut le débaptiser, c’est une première. Il y a un grand agacement du politique et du politiquement correct qui s’ingèrent dans les traditions militaires. C’est sans doute cela qui agace profondément les militaires.

Boulevard Voltaire a publié ce matin le chant de promotion du Général Loustounau-Lacau. Les élèves devront-ils trouver un autre parrain ?
Devront-ils recommencer tout le processus ou cette promotion sera-t-elle une promotion fantôme en termes d’ajout culturel ?

Je crois qu’il va y avoir un double nom. Le nom initial va rester sous le manteau. Et le politique en faisant semblant de consulter le militaire plus ou moins avec son approbation va trouver un autre nom et va refaire un insigne et un chant. Je serais assez curieux de savoir quel sera le chant le plus chanté dans les réunions non officielles.

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