Editoriaux - Entretiens - International - 9 août 2018

Benjamin Blanchard : « Jusqu’alors, on ne peut pas dire que le gouvernement irakien ait mis beaucoup d’empressement pour aider à la reconstruction »

Benjamin Blanchard, de SOS Chrétiens d’Orient, fait le point sur le retour des 200 dernières familles du camp d’Ashti 2, près d’Erbil, en Irak : « Nous suivons et visitons chaque famille et nous lançons des programmes de reconstruction et de développement. »

Le camp d’Ashti, à Erbil, qui accueillait une importante communauté de chrétiens d’Orient sera démonté à la fin de l’été. Que vont devenir ces réfugiés ?

Il s’agit du camp d’Ashti 2 qui avait ouvert en 2015. Il a accueilli jusqu’à 1.200 familles. 800 d’entre elles ont retrouvé leur foyer au fur et à mesure du recul de l’État islamique et de la reconstruction de leurs villes et villages, comme Qaraqosh, Bartella et Mossoul.
200 ont définitivement quitté l’Irak, notamment vers la Jordanie, où elles attendent, avec le statut de réfugié, l’obtention d’un visa pour l’Australie, le Canada ou l’Europe.
Il restait donc entre 150 et 200 familles dans ce camp en juin 2018.
Le démantèlement de ce camp sera définitif le 10 août, avec la coupure du générateur électrique.
Les 200 familles qui restaient sont en train d’être logées dans ou autour d’Erbil.
Soit elles ne veulent pas retourner dans leur foyer dans la plaine de Ninive, soit elles sont en attente d’y retourner parce que leur maison est détruite.
SOS Chrétiens d’Orient a récupéré la liste de ces familles. Nous sommes en train de les visiter pour vérifier qu’elles sont relogées dans de bonnes conditions. Pour l’instant, nous avons pu constater qu’elles sont bien installées, dans des logements meublés et équipés.

Pour quelle raison ces familles n’auraient-elles pas envie de retourner dans leur domicile ?

Pour la plupart, ce n’est pas qu’elles n’ont pas envie, mais elles ne le peuvent pas pour diverses raisons. Leur domicile n’est pas encore reconstruit ou d’autres sont trop âgées ou trop malades.
Certaines souhaitent rester à Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil, pour des raisons personnelles.
D’autres, enfin, estiment que les conditions de sécurité ou d’état d’esprit ne sont pas réunies.
Il faut rappeler que la plaine de Ninive est, pour sa plus grande partie, sous le contrôle du gouvernement irakien de Bagdad. Jusqu’alors, on ne peut pas dire que le gouvernement central ait mis beaucoup d’empressement pour aider à la reconstruction. Ce serait pourtant de sa responsabilité. Il n’y a pas de raison que ces familles, qui ont subi la destruction de leur maison, soient responsables de leur reconstruction. Ce n’est pas de leur faute. Ce devrait donc être au gouvernement, qui n’a pas réussi à assurer la sécurité, de prendre en charge cette reconstruction. Malheureusement, rien n’est fait et, finalement, la construction incombe aux associations chrétiennes. Il ne faut pas croire que l’Irak est pauvre. C’est un des plus gros producteurs de pétrole. Ces ressources apportent beaucoup de devises pour le gouvernement qui, pour autant, ne se préoccupe pas de la reconstruction des villages chrétiens.
Les raisons de cet état de fait sont diverses. Tout d’abord, ce n’est pas rentable électoralement. Les chrétiens sont trop peu nombreux pour pouvoir peser et, donc, représenter un intérêt pour le gouvernement. Il y a peut-être, par ailleurs, des raisons plus sectaires, mais je n’ose l’imaginer.

Que fait SOS Chrétiens d’Orient pour permettre à ces familles de rentrer chez elles dans les meilleures conditions ?

SOS Chrétiens d’Orient est la seule association à faire un suivi des familles qui restent dans ce camp et à se soucier de leur avenir.
Pour ce qui est des familles de la plaine de Ninive, nous participons à l’effort de reconstruction et de réinstallation. Nous participons à un premier programme de reconstruction d’une centaine de maisons à Qaraqosh, qui a été achevé en juin. Nous avons ensuite lancé un deuxième programme de reconstruction de maisons à Bartella. Enfin, nous avons deux programmes en cours de soutien économique avec des microcrédits.

Cher lecteur,
Nous travaillons d'arrache-pied pour donner de l'information alternative gratuite et de qualité à plus d'un million et demi de personnes.
Ce travail n'existe que grâce à la générosité de citoyens qui ont à cœur de lutter contre
les mensonges du politiquement correct et de rétablir la liberté d'expression en France.
Si vous acceptez d'aider Boulevard Voltaire dans cette mission salutaire pour notre pays, s'il vous plaît cliquez sur le bouton ci-dessous :


D'avance, un grand merci !
L'équipe de Boulevard Voltaire

À lire aussi

Syrie : « La France n’est plus audible et n’a plus aucun poids »

Un accord de cessez-le-feu a été signé entre le président syrien Assad et sept groupes reb…