Belattar plus français que Zemmour ?

La polémique du prénom prend de l’ampleur et une dimension qui confine à l’hystérie collective. Éric Zemmour doit disparaître de l’espace médiatique, ses livres doivent être passés au pilon, les artistes – très importants, les artistes – doivent s’engager clairement contre ce nuisible importé d’Afrique du Nord. « Il faut lui polluer sa vie », déclarait carrément, jeudi soir, sur LCI, Yassine Belattar, membre du Conseil des villes (ce machin créé par Emmanuel Macron).

Et chacun d’exhiber ses certificats de francité : « Moi, je suis plus français que la norme. Moi, mon grand-père, il a fait dix-sept ans dans l’armée française. Mes oncles sont morts en captivité en Allemagne quand les grands-parents d’Éric Zemmour devaient être en train de boire un jus d’orange du côté de Montreuil. » Intéressant, ce que nous dit là Belattar. S’il est français plus que la norme, c’est donc qu’il existe des Français en dessous de la norme. C’est quoi, la norme, d’ailleurs ? C’est reconnaître aussi que le droit du sang est plus fort que tout : la preuve en est l’exposition des preuves généalogiques de M. Belattar. Ces propos valident, en creux, ce que ressentent sans doute aujourd’hui des millions de Français « de souche » ou, pour utiliser une longue périphrase, ces Français dont les ancêtres étaient bourguignons, provençaux, berrichons, limousins, poitevins, picards, normands, auvergnats, tourangeaux, angevins, champenois, etc. : nous sommes quand même un peu plus français que ces gens arrivés récemment chez nous, non ? Yassine Belattar peut le dire. Pourquoi ne le dirions-nous pas aussi, alors que sur le monument aux morts du village – où l’on vient, d’ailleurs, de fermer une classe pour renforcer les zones d’éducation prioritaire, décidément plus intéressantes aux yeux du pouvoir en place – sont gravés les noms de l’arrière-grand-père Alphonse, de ses deux frères Eugène et Marcel et de ses cousins, Émile et Albert.

Et, donc, c’est l’hystérie. Ainsi, Feïza Ben Mohamed, une des fondatrices de la Fédération des musulmans du Sud et évidemment très investie dans la lutte contre l’islamophobie (elle fut très en pointe, en 2016, dans la défense du burkini), tweete « Mes garçons s’appellent Marwan et Abdenour, mes frères et sœurs s’appellent Yasmina, Anissa, Amin et Mohamed. N’en déplaise à Éric Zemmour, ce sont des prénoms français. » C’est son point de vue. Mais alors qu’est-ce qu’un prénom qui n’est pas français ? Et si le petit Marwan naît à Quimperlé, peut-on dire alors qu’il porte un prénom breton ? Et si le petit Erwan voit le jour à Casablanca au hasard de la mutation professionnelle de ses parents, peut-on alors affirmer qu’il porte un prénom marocain, n’en déplaise à je ne sais qui ?

Certes, Éric Zemmour n’a pas tout à fait raison quand il dit que Bonaparte a imposé, par la loi du 11 germinal de l’an XI (1er avril 1803), que l’on porte des prénoms chrétiens en France. Mais de là à dire, comme France Info, que « Zemmour raconte n’importe quoi », il y a de la marge. Une marge qui s’appelle l’honnêteté intellectuelle. Cette loi (abrogée en 1993) imposait « les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne ». Il est évident que, pour le législateur de l’époque, il s’agissait de permettre, dans un souci de retour à la paix sociale après les troubles révolutionnaires, que les Français puissent piocher des prénoms aussi bien dans le calendrier catholique que dans le calendrier révolutionnaire, pas ailleurs. Quant aux personnages de l’histoire ancienne, c’était principalement à l’histoire romaine et grecque que l’on se référait. Ce qu’au final, on appellerait aujourd’hui nos racines gréco-romaines et chrétiennes.

Notons que la francisation des prénoms mais aussi des patronymes était d’un usage courant avant la Révolution : Broglia en Broglie, Mazarini en Mazarin, Lulli en Lully pour ces célèbres immigrés italiens. Buonaparte en Bonaparte… Mais l’on pourrait citer aussi des exemples bretons : Kernevenoy en Carnavalet, Penfentenyo en Cheffontaines, etc. Une assimilation par la naturalisation du nom qui n’avait rien de choquant et qui n’était pas l’exclusivité de la France : après tout, Lady Diana Spencer descendait d’un chevalier normand surnommé le Dépensier !

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