En Belgique francophone, la droite est devenue (presque) inexistante

Conseiller politique
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La partie francophone d’une Belgique de plus en plus morcelée a ceci de particulier qu’elle a pratiquement vu disparaître toute force politique de droite. Le dernier sondage en date place le Parti du travail de Belgique (communiste) à près d’un quart de l’électorat, le Mouvement réformateur à 23,2 %, le Parti socialiste à 16 % – soit deux fois moins que son score électoral de 2014 -, ecolo et le Centre démocrate humaniste aux alentours de 10 %.

Le MR, placé par commodité à droite de l’échiquier politique, a depuis longtemps abandonné toute référence, culturelle et programmatique, à son positionnement putatif et tente de trouver une place au centre de l’échiquier politique – seuls quelques mousquetaires tentent de résister. Le parti se félicite de l’immigration comme chance pour la société et tait les menaces qu’elle fait planer, revendique son libéralisme social et vote les réformes sociétales sans grand débat en son sein.

Lorsqu’il s’est agi de former des gouvernements, le parti, désormais emmené par Olivier Chastel, après les querelles entre les clans Reynders et Michel, n’a jamais vraiment désavoué le Parti socialiste, sauf lorsqu’il fut trahi par celui-ci en 2014. « Ce qu’on ne peut éviter, il faut l’étreindre », écrivait Shakespeare dans Les Joyeuses Commères de Windsor. À défaut de pouvoir éviter le PS, le MR l’a pendant longtemps courtisé.

Détail qui en dit long sur le reniement des réformateurs, la plupart de ses élus ont embrassé la cause Macron, dès le premier tour, lors des dernières élections présidentielles françaises. Tous ont défendu la cause de Hillary Clinton face à Donald Trump et il s’est trouvé un de ses anciens présidents pour pousser le vice jusqu’à soutenir… Bernie Sanders lors de la primaire démocrate.

En réalité, le parti libéral renoue, lentement mais de plus en plus sûrement, avec sa position originelle sur l’échiquier partisan belge où il figurait à gauche de l’Hémicycle face à la droite catholique qui n’existe plus. Et pour cause : les lointains héritiers du Parti catholique, bien qu’officiellement du centre, occupent clairement une position à gauche sur l’échiquier politique ; ce n’est pas le timide recentrage opéré sous l’actuelle présidence qui changera le constat.

Les formations (réellement) à droite sont désormais descendues en dessous des 5 % des intentions de vote. Le Parti populaire, la seule d’entre elles à posséder quelques élus à différents niveaux du pouvoir, semble avoir définitivement abandonné le discours libéral-conservateur de ses débuts pour un populisme (souvent sans cohérence) qu’il revendique officiellement. Seulement, dans une région de gauche comme la Wallonie, où tout se colore de rouge plus ou moins foncé (administration, médias, mouvements sociaux), seul un populisme de gauche pouvait émerger durablement – l’état de la Wallonie, quoique déplorable, n’est pas encore suffisamment dégradé pour voir coexister deux populismes. Ses dirigeants pourraient se mordre les doigts d’avoir renoncé à remplacer le MR.

L’absence d’une (vraie) droite pose un véritable problème démocratique en Belgique francophone. Pire : aucune éclaircie ne semble venir percer la grisaille dans laquelle la Wallonie et Bruxelles sombrent lentement mais sûrement, avec, dans l’antichambre du pouvoir, un Parti communiste qui se repaît des scandales politiques.

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