Cinéma - Editoriaux - Histoire - Justice - People - 7 juillet 2018

Béatrice Dalle, 37,2 de QI ?

« Béatrice Dalle, 37,2 de QI », a tweeté Éric Naulleau, mercredi.

Sur son compte Instagram, l’actrice venait, en effet, d’assurer de son admiration le braqueur en fuite Redoine Saïd, échappé de la prison de Réau par hélicoptère. « Toute la France est derrière toi, moi en tout cas », écrivait-elle. Et aussi : « Que Dieu te protège. Je vais danser le MIA toute la nuit pour fêter ça. » 

En 1985, Beatrice Dalle était la star du terrible film 37°2 le matin, où elle s’arrache un œil, entre autres actes déments. Dans sa vie, la réalité télescope le cinéma. Ex-compagne de JoeyStarr, elle a épousé, en 2005, à la prison de Brest, Guenaël Meziani, condamné à douze ans de prison. Et dans La Fille de l’air, elle joue une femme « qui fait échapper son mec à la prison »… par hélicoptère !

Alors, certes, habituée des états limites, elle est comme JoeyStarr une figure de la gauche people, et on pourrait imputer à cela son amour des délinquants. Mais elle n’est pas la seule. L’Histoire abonde de femmes ayant aimé jusqu’au déshonneur ou la mort des bandits et des assassins. La fascination est, du reste, partagée par des hommes : Macron lui-même n’a-t-il pas cité comme héros Spaggiari qui, en 1977, s’est évadé en sautant par la fenêtre du palais de justice ?

Pour Redoine Faïd aussi, cinéma et réalité s’entremêlent. Dans son livre Braqueur, il avoue trouver ses modèles dans ses films de prédilection comme Point Break et Heat. Et le rapport psychiatrique établi sur lui en 2016 souligne que, bien mis, poli, séducteur, il se la joue « gentleman cambrioleur » plus que caïd des banlieues.

Le problème dépasse donc celui de l’indécence de célébrer l’évasion du chef d’un gang qui a tué, dans sa fuite, une femme gendarme en faction.

Il dépasse même celui d’un ministre de la Justice qui promet que seront « exemplairement punis » les lampistes habituels, gardiens et directeurs de prison, au lieu de renoncer à ses chimères comme cet octroi de téléphones cellulaires – les bien nommés – aux prisonniers qui, pour elle, n’avait « rien d’absurde ».

Il est dans le fait que toute la filmographie d’après-guerre est, en réalité, un hymne à la mort. Si, comme l’écrivait Montaigne, « philosopher, c’est apprendre à mourir », on philosophe sec devant les télés. Fascinée par l’homme qui met toute sa force virile au service de sa volonté de puissance, Béatrice Dalle – ou une autre – l’aidera, l’aimera, le suivra jusqu’au bout. Tuera ou mourra pour lui s’il le faut. Le QI, alors n’est même plus de 37,2. Il est anéanti, noyé, mais le QE (quotient émotionnel), lui, est à 130 !
 
Mais en plus, collectivement, le cinéma nous habitue à célébrer les exploits sans tenir compte ni des dégâts collatéraux ni des finalités. Quand hommes et chevaux meurent dans le ranch à feu et à sang, qui s’en soucie ? On a les yeux rivés sur le héros, et sur le pistolet de son ceinturon d’où partira le coup fatal. Et qui aura pitié du mort ?

Réprouver le mal, qui nous fascine, demande un effort. Tendre vers le bien est aussi un effort, de chaque jour. Notre époque nous en détourne. Il y a, là, un renoncement à la civilisation et un retour à la nature. Car la nature est cruelle. Celle de l’être humain, homme et femme, comme celle des animaux.
 
Il y a même des plantes carnivores, ne l’oublions pas.

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