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Balance ton porc… rien n’est bon dans le cochon !


Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités

 

Le cochon n’a pas bonne presse, ces temps-ci.

Fini les attendrissements autour de Babe, le gentil cochon devenu berger du film de Chris Noonan de 1995. On vient d’apprendre que la ville de Dreux vient de retirer des panneaux une affiche annonçant des festivités où figurait en bonne place l’animal impur. « Le cochon rose et souriant qui devait couronner l’affiche de la foire, placée sous le signe de l’Alsace, a été retiré de l’image sur la décision du maire Gérard Hamel à la demande des élus affirmant que le dessin du porcin pourrait vexer les musulmans qui sont environ 55 % dans cette ville », titre le journal local.

Dans ce contexte, le hashtag #BalanceTonPorc lancée par la journaliste Sandra Muller sur les réseaux sociaux hérite d’une charge symbolique imprévue. 

Pour démontrer la nécessité d’une campagne officielle contre le harcèlement, les femmes sont invitées à « balancer leur porc », traduisez à dénoncer un homme qui leur aurait manqué de respect sur les réseaux sociaux. Depuis quelques jours, de la supposée « main aux fesses » de Jean Lassalle au viol dans une loge de théatre par un metteur en scène, Twitter vibre sous la révélation quotidienne de turpitudes qui en font un feuilleton à rebondissements. 

Et qui n’est pas tenté d’alimenter la chronique ? 

Pourtant, il faut résister à la tentation.

D’abord car, comme l’a dit Éric Zemmour, cette campagne évoque le « Balance ton juif » des heures les plus noires de la collaboration. Et pas seulement. Des curés réfractaires de la Révolution française aux tondues de la Libération en passant par les prisonniers des goulags soviétiques, cubains ou chinois, combien de lettres anonymes ont été glissées subrepticement pour servir une vengeance recuite ou un amour déçu ? 

Il faut résister, ensuite, parce que c’est une manœuvre destinée à faire oublier l’état indigent de notre législation qui ne permet pas à un juge d’inculper le violeur d’une enfant de onze ans.

Il faut résister, enfin, parce qu’entre la main aux fesses et la main à la gorge armée d’un couteau meurtrier, il y a un abîme et que la focalisation sur le premier acte en ferait trop vite oublier le second.
 
Les violences faites aux femmes par des hommes qui abusent de leur force physique ou de leur argent sont insupportables, qu’elles viennent du mari, du patron ou du clandestin esseulé. De tous les hommes, donc. 

Sauf que si nos élus ont si peur de contrevenir à l’interdit du porc pour les musulmans, ils ne leur appliqueront sûrement pas un qualificatif évoquant l’animal honni.

Il est donc plus que vraisemblable que sa formulation même en fasse un cri guerre contre le mâle blanc. Vous savez, ce mâle français visé par Sonia Nour dans le tweet ou elle regrettait qu’on ne parle que du « martyr » de la gare Saint-Charles et non pas du « patriarcat qui tue en France une femme tous les deux jours ».

Car dans sa vision, l’homme blanc qui viole est un criminel et l’homme « des quartiers » qui tue est un martyr. 

Il est à craindre que la charge symbolique que porte ce hashtag n’alimente la guerre « décoloniale » de dame Obono et ses consœurs de La France insoumise, bien plus qu’il ne permette d’alerter sur les dangers, pourtant bien réels, courus par le « sexe faible » quand le « sexe fort », d’où qu’il vienne, les considère comme un vulgaire gibier.

Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités