Baccalauréat

Le bac remis sur le chantier : pour le meilleur ou pour le pire ?

 

La consultation sur la réforme du baccalauréat a débuté ce lundi matin. Dans un entretien au Parisien, Jean-Michel Blanquer a rappelé son objectif : « Redonner du sens » à cet examen. Il est vrai que, depuis que Jean-Pierre Chevènement a annoncé, en 1985, l’objectif de « 80 % d’une classe d’âge atteignant le niveau du baccalauréat » – que des démagogues ont confondu avec le nombre de bacheliers –, le baccalauréat est devenu un passeport qui, pour beaucoup d’étudiants, loin d’ouvrir de nouveaux horizons, ferme les portes du succès.

Le ministre a donc raison de penser que « le bac doit à la fois certifier une qualité atteinte à la fin de l’enseignement secondaire, mais aussi aider à réussir par la suite ». Autrement dit, il doit être à la fois un certificat de fin d’études secondaires et un véritable diplôme d’accès aux études supérieures, attestant l’acquisition et l’assimilation de savoirs et de méthodes. Ce qui suppose une augmentation des exigences. Car, au-delà des erreurs d’orientation ou des orientations par défaut, le taux d’échec à l’université s’explique, avant tout, par les lacunes d’un trop grand nombre d’élèves à l’issue du secondaire.

Pour parvenir à améliorer la situation, Jean-Michel Blanquer ne doit pas suivre l’exemple de ses prédécesseurs, qui ont organisé des consultations bidon aux conclusions préétablies. Ensuite, il faut donner la parole aux acteurs du terrain, qui connaissent les besoins des élèves. Enfin, respecter trois principes qui font la spécificité du baccalauréat : son caractère national, qui garantit l’existence de programmes nationaux sur tout le territoire ; l’objectivité de la correction des écrits et de l’évaluation des oraux ; le caractère initiatique de cet examen.

Le ministre envisage « la disparition des filières L, S et ES ». S’il s’agit de diversifier les profils, pourquoi pas ? Un « scientifique » peut aussi être un bon « littéraire » et inversement. Mais s’il s’agissait de créer un « lycée unique » avec un tronc commun pour les matières générales et des spécialités au choix de l’élève, on s’engagerait dans une voie dangereuse. Chaque fois qu’on a supprimé des filières, cela s’est traduit par une baisse de niveau. On l’a vu quand la série S a remplacé les séries C et D. Et ne parlons pas de la série A’, qui permettait d’associer les sciences aux lettres, au latin et au grec ! Plutôt que de supprimer les filières, il serait plus efficace de les revaloriser.

Mais vous voulez faire de la sélection, objecteront les accros à l’égalitarisme ! Eh bien, oui ! Sans partager toute la philosophie de son plan pour l’éducation, on peut approuver cette formule de Paul Langevin à la Libération : « L’École doit assurer la promotion de tous, et la sélection des meilleurs. » Ce compagnon de route du Parti communiste français ne saurait être soupçonné de vouloir instaurer la suprématie des classes privilégiées. C’est par la sélection qu’on permet aux plus modestes de réussir.

Jean-Michel Blanquer déclare aussi au Parisien que « [son] fil directeur est surtout d’aboutir à quatre matières pour les épreuves finales du bac ». On comprend qu’il veuille simplifier un examen qui écourte l’année scolaire et coûte cher. Mais cette simplification ne doit pas aboutir à le dénaturer ni à multiplier des épreuves de contrôle continu, qui sont moins impartiales et n’assurent pas l’égalité des conditions de passation.

Souhaitons bonne chance à Jean-Michel Blanquer pour sa réforme. Car, pour réformer, il ne suffit pas d’avoir des idées, il faut aussi se libérer des préjugés et ne pas s’engluer dans la toile que tissent, sans relâche, les lobbies pédagogiques et idéologiques.

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