Editoriaux - Santé - 30 juin 2018

Aux urgences, le patient doit être patient !

Parler de l’encombrement des urgences pendant l’été pourrait faire partie des marronniers estivaux si ce n’était, hélas, une cruelle réalité qui s’aggrave d’année en année.

Le nombre de passages dans les services hospitaliers d’urgence n’a cessé de croître, et a doublé en vingt ans, de 1996 à 2016. Pour Agnès Buzyn, ministre de la Santé : « Il y a des lieux […] qui vont avoir des problèmes d’effectifs cet été. Nous n’avons pas suffisamment formé de médecins urgentistes […] il faudrait aussi que les citoyens soient raisonnables et qu’il n’aillent aux urgences que pour les vraies urgences » (France Info, 26 juin 2018).

On pourrait croire, selon ces dires, que l’encombrement des urgences est essentiellement lié à un choix erroné des malades qui viennent consulter pour n’importe quoi. Certes, la pathologie courante est loin d’être absente des services hospitaliers et pourrait être soignée en ville dans des centres de soins d’urgence sans nécessiter le recours à une infrastructure hospitalière, mais – et c’est là que le bât blesse – ces centres de soins destinés à accueillir les consultations non programmées font cruellement défaut.

Les ARS (agences régionales de santé) ont préféré favoriser la mise en place de maisons médicales tenues par des médecins généralistes à côté des services d’urgence pour essayer de les soulager, plutôt que de favoriser la création, en ville, de centres spécifiques chargés d’accueillir les patients non programmés qui, faute de mieux, se retrouvent donc aux urgences.

Hélas, ces maisons médicales n’ont en rien soulagé les services, et les médecins généralistes ne se bousculent pas pour y prendre des gardes, qui sont essentiellement assurées par des médecins remplaçants.

Cette solution est inadaptée à la forte augmentation de la demande des patients liée, entre autres, au fait que les médecins de ville travaillent maintenant très souvent avec un secrétariat autonome incapable de bien gérer cette demande de soins qui vient bousculer le calendrier des rendez-vous.

C’est ainsi qu’on propose souvent une consultation 48 heures plus tard pour un gamin qu’on a récupéré à la crèche avec 40 de fièvre. Il est donc tout à fait normal que les patients s’acheminent vers le seul recours qu’il leur reste : le service des urgences hospitalières.

Si l’on ajoute à cela le fait qu’on manque effectivement de médecins urgentistes, qu’on rechigne à embaucher des médecins intérimaires, que le personnel en vacances est rarement remplacé et que les lits d’aval sont, en période estivale, encore plus rares à trouver, car des services ferment, ne pouvant embaucher du personnel pour remplacer celui qui est en vacances, on a là tous les ingrédients pour rendre la situation explosive.

Il est à souhaiter que les autorités de santé prennent enfin la réelle mesure des choses et favorisent la création de centres de réception des soins non programmés en ville pour éviter que ces malades n’aillent encombrer les services hospitaliers dont ce n’est pas la destination première.

Mais sachant que les autorités réagissent avec généralement dix ans de retard, on ne peut être que pessimiste.

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