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Une autocritique, oui, pas du bashing. Réponse à Robert Ménard sur la crise du FN (suite)

Enseignant, musicien, écrivain
 

Oui, les circonstances imposent au FN une autocritique exigeante et impartiale. Mais pas le FN bashing auquel se livre Robert Ménard. Il est d’autant moins justifié que les résultats de Marine Le Pen à la présidentielle ont atteint un nouveau record historique : plus de dix millions et demi d’électeurs. Rappelons qu’en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen parvenait au second tour avec cinq millions et demi de voix, on qualifiait ce succès de « séisme ». Comment peut-on prétendre aujourd’hui, alors que le FN double ce score, que nous serions face à un « champ de ruines » ?

Toutefois, Robert Ménard a raison quand il évoque la profonde déception éprouvée après le 7 mai par les partisans de Marine Le Pen. Encore faut-il préciser qu’on ne peut l’attribuer à la défaite face à Macron, puisque personne ne pouvait sérieusement croire à une victoire de la candidate du FN. Non, ce sentiment, bien réel, est dû essentiellement à la contre-performance de Marine Le Pen lors du débat avec Macron et à ce qu’elle a entraîné. Échec médiatique aux conséquences électorales effectivement redoutables puisque ce débat d’entre les deux tours est, depuis les débuts de la Ve République, un moment clé de la campagne présidentielle et de la vie politique française. Impréparation, amateurisme, incarnation présidentielle déficiente, propositions tardives et insuffisantes, projet global absent, autant de faiblesses de Marine Le Pen lors du débat qui ont sans doute détourné nombre d’électeurs potentiels de voter pour elle, réduisant sensiblement un score par ailleurs élevé. Quant aux électeurs et militants du FN, il était inévitable dans ces conditions qu’ils soient amenés à douter de leur chef, même si, dans des circonstances analogues, Marine Le Pen n’avait jusque-là guère failli.

Comme les armées, les partis qui doutent de leurs dirigeants entrent dans une crise qui peut être mortelle. Pour en sortir, il ne faut pas se tromper de diagnostic. En l’occurrence, cette crise est d’abord une crise de leadership due à une contre-performance ponctuelle à un moment, certes, décisif. Mais elle n’est pas due à l’échec d’une ligne qui a permis jusqu’ici la progression spectaculaire évoquée par Pascal Perrineau. Obnubilé par l’union des droites, Robert Ménard donne l’impression de s’emparer d’un échec circonstanciel dans le but de faire avancer les pions de sa stratégie.

Au point de refaire un peu l’Histoire. Car contrairement à ce qu’il avance, la campagne de Marine Le Pen était bien plus proche des idées qu’il défend que du « discours cégétiste » qu’il abhorre. Robert Ménard a, d’ailleurs, salué publiquement cette sensible inflexion de Marine Le Pen pendant sa campagne, comme il a salué ensuite l’alliance scellée entre les deux tours avec Nicolas Dupont-Aignan. La déception finale ne peut donc être attribuée à une quelconque dérive « gauchisante » de Marine Le Pen lors de la campagne.

Reste à espérer que Marine Le Pen saura résister à cette offensive. Il lui faudra convaincre les divers courants d’idées du FN de leur complémentarité, restaurer son autorité pour continuer d’incarner ce qu’à ce jour elle est la seule à incarner : l’unité de son propre parti.

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