Editoriaux - Société - 30 octobre 2018

« Auschwitz 2019 », thème du week-end d’intégration de la faculté de médecine Paris-XIII ?

À la faculté de médecine Paris-XIII, la proposition d’un groupe d’étudiants d’organiser le week-end d’intégration sur le thème « Auschwitz 2019 » est venue couronner des semaines de « blagues » récurrentes sur les juifs, de saluts hitlériens et de jeux comme le lancer de kippa finement baptisé « frispa », contraction de « frisbee » et « kippa ».

Tentant d’expliquer à leurs auteurs le caractère extrêmement blessant de leurs railleries, une jeune fille membre du bureau des étudiants s’est vu répondre que ce n’était que « de l’humour », qu’elle « s’insurgeait pour rien », pour se retrouver finalement marginalisée, traitée de traître et nommément harcelée sur la conversation Facebook « WEI [pour week-end d’intégration] 2019 ».

Des captures d’écran montrent des juifs de la promotion classés, avec un chiffre et des commentaires comme : « juif niveau 31, impliqué mais capacité à traîner avec des goyim », « juive niveau 75, prestige 4, prête à tout pour sa communauté ».

On comprend que l’étudiante se soit résolue à porter plainte pour injures antisémites il y a dix jours.

Alertée, la direction, suivie de la doyenne et du « vice-président référent racisme et antisémitisme de l’établissement » (ça existe !), a saisi la commission de discipline ; mais il semble bien qu’il ait fallu qu’Europe 1 médiatise l’affaire pour qu’elle actionne également le procureur de la République. Pour le « pas de vagues » si en cours dans le milieu éducatif, c’est raté…

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a réagi sur le mode attendu : ces faits « sont profondément inacceptables », elle recevra « le président de l’université Paris-XIII afin de faire le point avec lui sur les dispositifs de prévention mis en place dans son établissement et sur les actions qui peuvent être immédiatement engagées pour mettre fin à ces dérives inacceptables », et elle se rendra vendredi à la convention nationale de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) à Grenoble.

Il est étonnant, toutefois, qu’aucun commentateur « autorisé » n’ait fait remarquer que ces faits lamentables se déroulent à « Paris XIII – Villetaneuse – Bobigny – Saint-Denis ». Précisément dans le département dans lequel beaucoup de mètres carrés sont à reconquérir, pour reprendre les mots de Castaner, et où, selon Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, l’ultime enfant juif d’une école publique, un adolescent de 14 ans, a été « exfiltré » il y a six mois après avoir été roué de coups à cause de sa religion. Et probablement pas par des lecteurs compulsifs de Drumont ou de Céline… Alors, quoi de surprenant à ce que l’épuration ethnique de la Seine-Saint-Denis – celle des juifs, dans un premier temps – se poursuive dans l’enseignement supérieur ?

Sur le site médical Egora, un médecin aujourd’hui installé commente :

« J’ai fait mes études à Paris-XIII il y a douze ans, et ce n’était pas du tout comme ça. Au contraire, c’était une fac ultra-tolérante, aucun conflit communautaire, des gens venant d’horizons différents, nombreux à avoir fait autre chose avant médecine… La situation a dû dramatiquement se dégrader pour en arriver là. »

On ne le lui fait pas dire…

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