Editoriaux - Société - 2 septembre 2018

Aurons-nous un « bled » d’où rentrer de vacances ?

Les derniers jours de congé ne marquent pas seulement la fin du repos et des escapades exotiques, c’est aussi le moment des derniers retours pour ceux qui, avides de boire à la source de leurs racines profondes, ont été retremper leur âme africaine au bled de leur famille.

On comprend ce désir de préserver les liens avec une culture authentique, quand la vie oblige, pour satisfaire certaines nécessités, à se couler dans le milieu cosmopolite d’un endroit quelconque, simple réceptacle géographique d’avantages matériels et financiers. Il n’est guère étonnant que ces no man’s lands au sens littéral, propriétés de personne, n’attachent ni les pensées ni les cœurs. L’espace multiculturel est, par essence, le lieu du brassage ethnique général, du bouillon de cultures et de religions : il n’existe que parce que des peuples authentiques existent ailleurs et se mêlent en son sein, mais par lui-même, il n’est rien. Il n’a ni passé ni avenir : avant ce brassage, il n’était rien ; si des cultures diverses s’installent et parviennent, à force de générations, à n’en former qu’une seule, ce ne sera plus un lieu multiculturel.

Comme on va les envier bientôt, les transhumants du bled ! Car les espaces anonymes qu’ils quittent ont eu un nom. Ils ont eu une histoire, une population, une culture, une religion définies. Ils ont été de petits coins de France auxquels ceux qui avaient fait leur baluchon pour courir le monde rêvaient avec nostalgie. Ils avaient leur vie authentique, qui ne valait sans doute pas mieux qu’ailleurs, mais qui avait le charme de l’unicité et de la familiarité.

Contrainte de se dissoudre dans le creuset d’une foule immense d’importation ou de quitter les lieux, leur population se disloque peu à peu. Le grand melting-pot anonyme annihile le petit coin de France de quelques-uns.

Tandis que ce grand néant avance, à force d’immigration massive forcée et de répartition équitable sur le territoire national, nos havres familiers reculent. Quand le processus sera achevé et que tout cet espace devenu indéfini de la France nous sera étranger, où irons-nous au bled ?

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