Armées - Editoriaux - Table - Télévision - 23 mars 2018

Aujourd’hui, j’irai sonner à la brigade de gendarmerie une rose à la main !

On sait encore peu de chose, au moment où j’écris ces lignes, sur l’action qui a entraîné la mort de trois personnes dans l’Aude.

Ce que l’on a appris de cette prise d’otages de plusieurs heures qui a eu lieu le 23 mars dans un supermarché de Trèbes, dans l’Aude, est le nom de l’assaillant et le motif de son acte. Il s’appelait Redouane Lakdim il avait 26 ans. Marocain, il était connu des services de police pour des actes de petite délinquance dont un port d’arme (ce qui ne me paraît pas de la petite délinquance). On sait aussi que les services, d’après ce que dit le gouvernement, ne le pensaient pas en voie de « radicalisation ». D’ailleurs, Gérard Colomb a précisé qu’il était passé à l’acte brutalement sans que rien ne le laisse prévoir. Sauf que ceci est souvent le cas et que, hélas, cela se finit presque toujours par un drame.

En entrant dans le supermarché U, il a ouvert le feu après avoir crié « Allah Akbar, je vais tous vous tuer ». Il a abattu deux personnes et en a blessé de nombreuses autres. Devant sa détermination, les forces de l’ordre n’ont pu que donner l’assaut et le preneur d’otages a été abattu. Cet homme se qualifiait sympathisant de Daech, réclamait la libération de Salah Abdeslam et se disait prêt à mourir pour la Syrie. D’après les dernières informations, l’homme était armé d’un couteau, d’une arme de poing et de grenades. Plus tôt dans la matinée, le suspect avait volé une voiture à Carcassonne, tuant le passager et blessant le conducteur, avant de toucher à l’épaule un CRS qui faisait son jogging à proximité de sa caserne.

Mais dans cet acte de barbarie, je veux surtout retenir un exploit peu commun et héroïque : celui d’un lieutenant-colonel de 45 ans qui s’est volontairement substitué à l’otage. Cet officier, qui appartient au groupement de gendarmerie de l’Aude, s’est posté devant le magasin et a demandé au preneur d’otages de l’échanger contre une civile. Pourtant, ce militaire savait parfaitement ce qu’il risquait, il savait que les terroristes ont une animosité manifeste contre les policiers, les militaires de l’opération Sentinelle et les gendarmes. Avouez qu’il faut une sacrée dose de courage pour mettre ainsi sa peau au bout de son engagement de soldat de la loi. De plus, une fois à l’intérieur, en essayant de raisonner le preneur d’otages, il a posé discrètement son portable allumé, ce qui a permis à l’antenne toulousaine du GIGN (Trèbes se situe en zone gendarmerie) de savoir ce qui se passait à l’intérieur. Ainsi, dès qu’ils ont entendu les coups de feu tirés contre le gendarme, ils ont pu intervenir.

Si l’assaut a pu mettre fin à la prise d’otages, c’est à ce lieutenant-colonel qu’on le doit. Un officier aux états de service exemplaire, un mari aussi dont la femme, qui suivait à la télévision le déroulement, n’a pas réalisé sur le moment que son époux était le héros dépeint par le ministre de l’Intérieur.

Cet officier, brave entre les braves, a été grièvement blessé. Héliporté immédiatement après la fin de l’action sur l’hôpital le plus proche, il se trouve, au moment où j’écris ces lignes, entre la vie et la mort.

Aujourd’hui, je suis encore plus fier d’avoir été officier de gendarmerie, fier de savoir qu’un tel acte d’héroïsme a été réalisé par un camarade de l’arme.

Aussi, je propose que, comme moi, tous les citoyens de ce pays, pour montrer combien ils sont sensibles à la grandeur d’âme et à la notion de sacrifice de ce militaire, aillent sonner à la brigade ou à la caserne de gendarmerie du lieu le plus proche une rose à la main.

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