Islam

Attentat par-ci, burkini par-là

Professeur
 

La France et le monde ne bruissent que du burkini : faut-il l’interdire ? L’autoriser, le tolérer ? Pudique ou obscène (étymologie : de mauvais augure, indécent, affreux) ? Provocateur ou inoffensif ? On se bat partout, dans les partis, dans les associations, dans les médias : chacun brûle de donner son avis. Les étrangers s’en mêlent, ricanent ou s’indignent, approuvent rarement les interdits posés par certains maires. Au moment où j’écris ces lignes, le Conseil d’État affûte sa plume. Les Anglais, en particulier, se moquent de nous, eux qui n’ont pas vu, qui continuent apparemment de ne pas voir ce qui se passe à Rotherham (pour ne pas être accusés de « racisme »), qui ferment les yeux sur les quartiers où règne la charia – comme dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Belgique, la Suède… Alors, peu nous chaut l’avis des Anglais !

Le pire est que, pendant ce temps, on ne parle plus de Nice, on tend à oublier Saint-Etienne-du-Rouvray, on jette un voile pudique (un tchador, peut-être) sur toutes les agressions commises par de malheureux « déséquilibrés » (bizarre : certaine religion déséquilibrerait-elle ?), les viols répétés, les violences quotidiennes à Calais, dans la jungle, contre les camionneurs. Une opération réussie de détournement : se battre comme des chiffonniers pour des bouts de maillot, convoquer le ban et l’arrière-ban des associations « antiracistes », agiter l’épouvantail de l’amalgame et de l’islamophobie… et passez muscade ! Les morts bien réels, l’affreuse vision de la promenade des Anglais jonchée de cadavres, d’un vieux prêtre égorgé, disparaissent des journaux, des télévisions, des discussions du café du commerce, des salles de rédactions et bureaux des puissants. Difficile de dire que ce fut fait exprès, mais on n’aurait pas pu mieux faire exprès.

Et pourtant quelque chose de positif, une lueur peut-être, semble émerger : à travers cette fixation sur les burkinis – et je ne parle pas seulement de la Corse –, une lassitude s’exprime, un ras-le-bol – trop c’est trop. Que ce soit justement cet été, sur les plages méditerranéennes, pas loin de Nice, que s’exhibent et se multiplient les tenues islamiques, comme un pied de nez à nos souffrances, et le vase déborde. Ceux qui semblaient avoir accepté la fable des meurtriers solitaires, auto-radicalisés, pauvres gamins des banlieues, vaguement délinquants, tout aussi vaguement musulmans, à qui on avait assuré que, bien sûr, l’immense majorité des musulmans en France n’était pas comme ça, n’approuvait pas, vivait pacifiquement sa religion, ceux-là voient rues et plages envahis de voiles, burkas, burkinis, kamis et autres accoutrements et ils comprennent que toutes ces belles paroles n’étaient que fariboles, contes à endormir les petits Français naïfs qui se réveillent avec l’impression qu’on les a vraiment pris pour des cloches.

Qu’en sortira-t-il ? Trop tôt pour le dire, peut-être rien, peut-être un réveil salutaire. Mais il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des symboles.

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