Editoriaux - Société - Videos - 12 septembre 2018

Attaques au couteau : terroristes ou déséquilibrés ?

Boulevard Voltaire est allé à la rencontre d’un criminologue, Xavier Raufer, et d’un psychiatre, Nicolas Dhuicq, pour croiser leurs analyses – sans concession ni idéologie – sur les attaques au couteau qui se multiplient. Un éclairage exclusif.

Notez-vous une multiplication de ce genre d’actes ou alors c’est la presse qui fait remonter ces affaires-là particulièrement parce que le terrorisme ‘’uberisé’’ est à la mode ?

Xavier Raufer
En ce qui concerne les agressions à l’arme blanche, on sent une augmentation réelle. Ce n’est pas uniquement un artefact médiatique, c’est-à-dire le fait que ça existe plus parce qu’on en parle plus et que c’est plus souvent dans le journal. L’effet de loupe médiatique est le plus souvent dû à la publicité à la télévision.
Lors de l’affaire Weinstein, les plaintes pour viol ont augmenté. Ce ne sont pas de faux viols. C’est juste que des gens prennent sur eux et trouvent le courage d’aller au commissariat. C’est une cause célèbre. On va les prendre au sérieux alors qu’avant on risquait de leur rire au nez.
C’est un peu la même chose à l’heure actuelle avec les individus qui portent des armes. Ils pensent qu’il ne leur arrivera rien; ils n’ont pas peur de la sanction. Ceux qu’ils frappent ou qu’ils poignardent n’ont parfois pas le courage, surtout quand ils habitent dans des quartiers où c’est mal vu de parler. Des cas comme cela peuvent permettre à ces gens-là de retrouver la route du commissariat.
Mais je crois que dans le cas des agressions à l’arme blanche, cela correspond à une vraie tendance.

Nicolas Dhuicq
On peut avoir affaire à une personne qui pouvait être un agent dormant entré dans l’islam politique radical et menant un combat pour renverser la société en la terrorisant pour implanter le califat mondial.
On peut aussi avoir affaire à des personnes fragiles qui trouvent dans cette idéologie une existence, une cause et un but, et qui peuvent être manipulées par les recruteurs.
Ce peut enfin être des personnes qui, sous l’influence de toxiques ou de leur délire, vont passer à l’acte. Si ce n’est que dans la majorité des épisodes délirants, les personnes qui sont atteintes de schizophrénie sont désorganisées.
Dans la presse, on a régulièrement un adolescent qui tue ses parents alors que jusque-là il était extrêmement calme. Il a considéré dans son délire que ses parents n’étaient pas ses vrais parents et qu’ils étaient des extraterrestres.
Nous ne sommes pas dans ces cas-là dans les attaques aux couteaux.
D’ailleurs, l’attaque d’hier semble s’être déroulée sans influence de toxiques.

Xavier Raufer

Nous avons affaire à des gens qui n’ont rien dans le chou. Ils sont très perturbés. Il ne faut pas oublier qu’au XIXe siècle, des personnes se prenaient pour Napoléon.
Maintenant, nous avons de vrais islamistes et des individus dans la confusion mentale totale qui prennent ce slogan-là, car ils l’ont entendu à la télévision.
Voilà déjà deux ou même trois ans, un individu a tenté de poignarder au cou, un soldat dans le quartier de la Défense en hurlant Allah Akbar. Il s’appelait Dupont et n’était même pas musulman. Il était seulement entièrement fou.
Tous ne sont pas des cas psychiatriques, c’est-à-dire des gens à enfermer. La plupart sont cependant perturbés, soit par la consommation de drogue, soit par un dépaysement brutal, soit ils reviennent à des mœurs ou à des coutumes un peu sauvages qui ont cours dans leur pays d’origine. Tout cela ne devrait pas avoir lieu dans un pays policé.


Nicolas Dhuicq

Je ne connais pas la personne et je n’ai pas à l’expertiser. En revanche, statiquement je doute du passage à l’acte d’une personne sous l’influence d’un délire avec des voix qu’il entend et qui lui commanderaient de passer à l’acte. Il me semble douteux d’arriver à ce nombre de victimes dans la rue à cause de tels comportements. C’est possible, mais statistiquement j’émets des doutes.

Comment se fait-il que ces gens-là ne soient pas internés ?
Que font-ils dehors ?

Nicolas Dhuicq
Vous posez deux questions, celle des moyens et celle de la doctrine de la discipline dans laquelle j’exerce.
Je rappelle à nos auditeurs que dans les années 70 du siècle précédent apparaissent l’ensemble des psychotropes qui permettent de soigner les gens. À ce moment, il y a une réduction de lits qui est adaptée. La deuxième génération de confrères, souvent influencée par les idées plutôt d’extrême gauche, ont malheureusement voulu diminuer le nombre de lits. Résultat, nous manquons cruellement de lits. Je rappelle que la majorité de nos patients schizophrènes sont des gens éminemment pacifiques et que le risque de ces maladies c’est surtout le suicide. Or, pour les parents ayant un enfant schizophrène, il est souvent difficile de trouver un lit pour hospitaliser leur enfant.
Nous manquons de lits, car idéologiquement, nous avons voulu diminuer le nombre de lits pour faire comme les autres disciplines médicales.
Dans une population générale donnée, toute classe sociale confondue, nous pouvons considérer qu’il y a 1 % de la population générale qui présente une forme de schizophrénie. En psychiatrie, nous parlons en effet de schizophrénies, au pluriel. Dans ce 1 %, 1/3 n’auront jamais besoin de voir un psychiatre de leur vie, 1/3 sera hospitalisé une ou deux fois dans leur vie. Le dernier tiers, c’est-à-dire quand on le rapporte à la population française représente plus de 200 000 personnes, ont besoin d’une institution. Elles ne peuvent pas vivre seule et ont besoin d’un traitement régulier quotidien ou sous forme d’injections retard, c’est-à-dire une piqûre tous les quinze jours ou tous les mois en fonction du produit pour qu’il ait un traitement qui l’aide.

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