Editoriaux - 12 décembre 2018

Assistant parlementaire, j’étais au marché de Noël pendant l’attentat

Hier, j’étais au cœur du marché de Noël de Strasbourg quand l’attentat s’est produit, vers 20 h. Mon député, que j’accompagnais avec mon co-assistant, a entendu les coups de feu alors qu’on se trouvait place de Broglie. Au début, on ne réalise pas pourquoi les passants se mettent à courir dans tous les sens. J’ai remonté le flot des gens en sens inverse pour comprendre. C’est quand il m’a semblé voir un type armé embusqué dans une rue adjacente (plus probablement un membre des forces de l’ordre) et qu’un commerçant m’a parlé de fusillade que j’ai compris que ce n’était pas un simple mouvement de panique déclenché par des pétards festifs. Après un moment d’égarement qui nous a conduits dans un parking sans issue, nous sommes finalement sortis de la Petite France pour nous engouffrer dans le premier bâtiment ouvert venu, à savoir un hôtel.

Des clients nous ont gentiment hébergés dans leur chambre en attendant que le calme revienne en ville. Nous sommes restés ainsi confinés près de quatre heures, à chercher les informations, d’abord sur Twitter, puis sur BFM, tout en prévenant proches et collègues, profitant du room service pour nous remettre de nos émotions. Nous avons pu regagner nos logements respectifs vers 1 h du matin. Le plus important, dans ces moments, c’est de garder la tête froide et de ne pas céder à la peur. Je pense, honnêtement, que mon expérience humanitaire au Moyen-Orient m’a aidé à avoir les bons réflexes de survie. D’abord, se mettre à l’abri, oublier les plans pour la soirée et le bon petit restaurant prévu avec le bureau : la guerre s’invite dans le quotidien.

C’est après, quand la tension retombe, que tu y penses, notamment à la chance d’avoir évité de croiser la route du tueur en te repliant. Et puis après, un sentiment de rage t’envahit en regardant les infos. Les pincettes des journalistes alors que, sur Twitter, on sait tout en temps réel, les éléments de langage des responsables politiques, du maire, de la préfecture. Puis l’identité du terroriste qui finit par sortir : Chérif Chekkat, fiché S, plusieurs fois condamné, etc. Un hasard, attention à l’amalgame ! J’ai la haine de savoir que le réel nous donne raison tous les jours.

J’ai la haine de savoir que ce type était en liberté (et court toujours, ce qui est hallucinant, vu le dispositif déployé) alors que les gilets jaunes et les nationalistes sont arrêtés préventivement. J’ai la haine de savoir que j’aurais pu me faire tirer comme un lapin, sans possibilité de me défendre parce que la loi m’interdit de porter une arme.

À tous les politiques responsables de l’invasion migratoire, à tous les journalistes complices, à tous les idiots utiles qui nous bassinent avec leur « Welcome Refugees », à tous les Bisounours qui vont nous proposer une marche blanche, des bougies et des slogans vides du style « Vous n’aurez pas ma haine », j’ai un message de service pour vous : ça ne prend plus !