Cinéma - Culture - Editoriaux - 22 septembre 2018

Assises de l’égalité et de la diversité dans le cinéma français : après le permis à points, le film à points

Vous vous souvenez sûrement qu’au dernier Festival de Cannes, une montée des marches « exclusivement féminine » avait été organisée. Mais vous aviez peut-être manqué un épisode : les paroles étonnantes d’un ministre de la Culture, Françoise Nyssen, jusqu’ici fort discrète : « Il est temps de mettre en place une révolution. » Promesse tenue. Du 18 au 20 septembre se sont tenues, à Paris, les « Assises de la parité, de l’égalité et de la diversité dans le cinéma français ».

Françoise Nyssen y était, aux côtés de Céline Sciamma, réalisatrice militante citée deux fois aux César 2017 pour Ma vie de courgette (sic) et de Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Pour cette dernière, « le rôle du cinéma est de susciter une prise de conscience et de faire évoluer les mentalités ». Ce pourquoi elle s’est engagée à « rendre obligatoires les statistiques de genre dans les dossiers d’agrément des films ».

Le ministre, lui, va plus loin : il instaure une « prime à l’exemplarité », que permettra l’instauration d’une sorte de « permis à points » pour les films. Un bonus de 15 % de subventions en plus sera accordé, en 2019, aux équipes cinématographiques « exemplaires en matière de parité » si elles totalisent au minimum quatre points sur un barème de huit points. Celui-ci « sera instauré avec un point si les réalisateur est une femme, un autre si le chef de technique est de sexe féminin, etc. »

Deux raisons sont invoquées. L’une repose sur des statistiques : « Depuis 1946, création du Festival de Cannes, seuls 82 films réalisés par des femmes ont été invités à concourir en compétition officielle, contre 1.645 films mis en scène par des hommes », ce qui donne, in fine, une seule Palme d’or pour la Néo-Zélandaise Jane Campion.

L’autre est plus symbolique et a donné lieu à des envolées lyriques de madame le ministre, un peu alourdies toutefois par de plates métaphores : après l’affaire Weinstein, après #MeToo, « nous sommes au lendemain d’une prise de conscience planétaire » ; il faut « éviter que la vague ne retombe, ou pire, que la marée ne se retire » et « battre le fer encore chaud ».

Présentée comme « un moment fort des assises », une charte « pour plus d’égalité et de transparence dans les comités de sélection des festivals » a été présentée. Ironie de l’histoire : cette charte a été signée… par trois hommes ! Le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux, celui de la Semaine de la critique Charles Tesson et, enfin, le futur délégué de la Quinzaine des réalisateurs Paolo Moretti.

Au terme d’un long discours, Françoise Nyssen a précisé qu’avec le CSA, elle allait « mener un travail » pour favoriser dans la production audiovisuelle, sur les chaînes publiques « mais aussi privées » non seulement l’égalité femmes-hommes, mais aussi, « d’une manière plus large, la diversité ». Et elle a terminé ainsi :

« Il nous reste du chemin à parcourir dans le cinéma comme dans l’audiovisuel sur la représentation de toute notre société… Aujourd’hui, je le dis : je m’appelle Hapsatou Nyssen. »

Nul doute que, pour sa dernière phrase, ce discours a dû être accueilli avec des murmures extatiques comparables à celui de Philinte sur le sonnet d’Oronte dans Le Misanthrope : « La chute en est jolie, amoureuse, admirable. » Et qu’on imagine bien, en réponse, un Éric Zemmour grinçant des dents comme Alceste : « La peste de ta chute ! Empoisonneur au diable, / En eusses-tu fait une à te casser le nez. »

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