Asselineau, ou l’impasse d’un souverainisme « euro-centré »


Doctorant en histoire contemporaine

 

L’anecdotique Union populaire républicaine – 0,6 % aux élections européennes de 2014 – vient de faire scission. Son numéro deux, le colonel Régis Chamagne, expert en stratégie aérienne, part de cette formation ultra-souverainiste. Il quitte surtout un chef omniprésent : François Asselineau.

L’UPR est un parti qui, comme le FN, se fait fort de n’être « ni de droite, ni de gauche ; pour le rassemblement ». Là s’arrête la comparaison entre ceux que tout oppose, au niveau du poids électoral, mais aussi de la conception de l’Union européenne. En tout cas, c’est ce qu’estime François Asselineau, président de l’UPR, pour qui le FN ment sur sa volonté de sortir de l’Union européenne et de l’euro. En cause, se trouverait un article de traité, raison de vivre de l’UPR… dont le FN ne parlerait jamais.

Cette pierre angulaire du discours UPR, c’est l’article 50 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

Il est intéressant de noter que Marine Le Pen l’a d’ailleurs évoqué lors de son discours à l’UDT du FN de Marseille, le 6 septembre. On peut penser qu’elle s’adressait là aux irréductibles de l’UPR, accusant le FN de ne jamais l’évoquer. Elle les priverait donc définitivement de leur argument…

Autarcique, voire sectaire, l’UPR suscite de régulières critiques de ses membres, concernant la personnalité d’Asselineau, petit chef du souverainisme, hostile aux alliances, surtout avec le FN. Chamagne, personnage d’intérêt (auteur de l’unique ouvrage français en stratégie militaire aérienne), a-t-il claqué la porte à cause du rigorisme d’Asselineau ? On peut le penser, vu l’appel qu’il lance sur son blog à unir largement les patriotes… FN inclus.

Par son « talent » à faire le vide autour de lui (le départ de Chamagne succède à d’autres, tel Patrick d’Hondt, « Tepa » de la web-télé Meta TV), Asselineau est la preuve de l’échec de cette variante souverainiste si arc-boutée sur l’Union européenne qu’elle en devient écœurante. L’UPR cultive l’indépendance avec fierté – un peu à la manière de Lutte ouvrière – et ne sait rallier à son message, non d’autres petits partis, mais seulement quelques personnalités, comme le journaliste Pierre Lévy (ex-figure de L’Humanité et fondateur de Bastille-République-Nations, revue euro-critique).

Suspendu à l’article 50 du TFUE, minuscule point d’ancrage de son programme, quand le FN a pour lui la préférence nationale, Asselineau manque les fondamentaux du discours souverainiste : demande sociale d’identité et d’autorité, valorisation des « petites patries historiques » au sein de la grande, besoin aussi d’un discours fort sur les valeurs, la famille, l’immigration. Ce dernier point est d’ailleurs absent du projet asseliniste, pétri de bienveillance pour la francophonie, certes légitime… mais monomaniaque !

Quant au fait, essentiel pour rassembler, de constituer un mouvement populaire, l’UPR rate le coche en s’affirmant, par son goût pour les colloques, comme un parti de professions intellectuelles supérieures. En cela, il n’est pas un parti du peuple.

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Doctorant en histoire contemporaine

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