La France « patriotarde » de Marine Le Pen

Journaliste et essayiste
 

Décidément, rien n’est simple ! Alors que j’évoquais la prise en compte sociologique de l’islam en France par Marine Le Pen dans un précédent article, je me vois contraint de revenir sur l’émission déjà mentionnée de TF1, « Vie politique », le 11 septembre 2016. En effet, plusieurs commentaires s’imposent !

« Je ne définis pas la France par une couleur de peau », a pu préciser Marine Le Pen. « Je mets sur le même plan ceux qui veulent imposer une France métissée comme si ça pouvait être un projet politique. C’est le cas de ceux qui combattent ma mouvance. Et certains qui veulent une France blanche. Mais le critère racial ne fait pas partie de nos propositions. La France, c’est le libre-arbitre. S’il y a quelque chose qu’on ne peut pas choisir, c’est la couleur de peau. Ce qui est important, c’est le sentiment d’appartenance à la nation française. »

En effet, elle n’a pas tort de rejeter à la fois le cosmopolitisme injonctif (« la France métissée ») et l’ethnocentrisme hexagonal (« une France blanche »). Disons simplement que cette « France métissée » dissout toutes les races (blanche, noire, jaune, etc.) pour engendrer une race grisâtre. L’identité qui va de pair avec l’altérité cède le pas à l’uniformité mortifère.

Malheureusement, Marine Le Pen défend une vision nationale-républicaine et assimilationniste française.

Elle rappelle souvent le premier article figurant dans la Constitution de 1789 : « La République ne reconnaît aucune communauté. » L’individu-citoyen contractant doit s’arracher alors à sa communauté naturelle d’appartenance pour se mouler dans un État agrégatif. Ses racines sont coupées. L’héritage de ses ancêtres est considéré comme nul et non avenu. Le marinisme renvoie à la vacuité, sinon à l’hybridité identitaire. 

C’est bien la diversité des peuples de France qui fait sa richesse. Répétons-le : le métissage est négateur des différences collectives. La propagande mélangiste conduit à une homogénéisation générale. La civilisation Benetton (“United Colors of Benetton”) renvoie à une « café-au-laitisation » préjudiciable aux identités ethnoculturelles.

Quant à l’ethnocentrisme, il aboutit à un subjectivisme national ou tribal qui peut se révéler destructeur de la pluralité des identités spirituelles et ethnoculturelles.

Pour opérer une critique positive du marinisme et du philippotisme sur la question nationale, il faut citer la définition complète – et ne pas en couper le début (ce qui arrange bien les uns et les autres) — que le général de Gaulle donne de la France de façon un peu limitative et dans un contexte particulier : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » (C’était de Gaulle, tome 1 [conversation privée et rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959], Éditions de Fallois/Fayard).

On m’objectera peut-être que de Gaulle mentionne la « race blanche » pour définir la France. Mais il le fait de façon non restrictive et polarisante.

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