Livre

L’islamo-business, vivier du terrorisme

de Jean-Claude Gourévitch

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

« Y a-t-il un risque terroriste en France ? Poser la question, c’est y répondre si l’on se réfère aux attentats de 2015 et 2016. Mais sur quel terreau prospèrent les candidats au terrorisme ? » Dans son nouvel opus, intitulé L’islamo-business, vivier du terrorisme, Jean-Paul Gourévitch (publié chez Pierre-Guillaume de Roux) revisite, prolonge et affine une thématique que sa précédente Croisade islamiste : pour en finir avec les idées reçues (Pascal Galodé, 2011), sans oublier son synthétique Les Migrations pour les nuls (First, 2014), avaient incidemment (mais nécessairement) abordée sans l’approfondir.

L’auteur, d’une probité intellectuelle exemplaire, soutenue tant par une connaissance large et non elliptique (c’est-à-dire, en d’autres termes, sans langue de semoule) du sujet que par une méthodologie alliant distance dépassionnée et rigueur scientifique, se donne pour projet « d’identifier le principal moteur de progression de l’islamisme radical : l’islamo-business ».

Objectif atteint, ce, dans une langue claire et dans le souci constant d’expurger l’objet d’étude de tout artéfact confusionniste et opacifiant sous lequel partisans comme adversaires, islamoptimistes béats et islamo-sceptiques, par pelletées d’approximations, de slogans et de poncifs, s’emploient à asphyxier des notions rendues inintelligibles pour le commun des mortels – y compris chez le mahométan « de base ».

Surtout parce qu’une citation vaut mieux que de longs discours, chaque sous-chapitre de l’ouvrage débute par un exorde, boussole didactique mettant son contenu en perspective et le résumant presque à lui seul. Ainsi le célèbre « Pas d’amalgames. Vous risqueriez de faire le jeu du réel » de Michel Onfray ou ce propos saisissant attribué à l’ancien ministre chiraquien Azouz Begag : « Depuis quarante ans, on nous dit qu’on est cinq millions.

Comme si ces cinq millions de travailleurs immigrés n’avaient pas fait d’enfants… qui ne sont pas cinq millions mais peut-être quinze ou vingt. »

Dès son premier chapitre, Gourévitch indique que « le passage de l’islamisme au terrorisme se fait au moyen de trois notions passerelles : la charia, le djihad et le salafisme ». Et de dérouler minutieusement, au fil des quelque 200 pages que compte l’essai, le fil d’Ariane de ce qu’il faut bien nommer la réponse islamique et planétaire à la crise multiforme du monde moderne (spirituelle, morale, anthropologique, sociale, économique, politique).

Bien que non explicitement formulée, cette hypothèse transparaît, d’évidence, une fois achevée la lecture de cette étude que les mass médias et l’intellocratie militante s’empresseront de jeter au pilon de leur mépris de caste. À moins qu’elle ne suscite un nouveau procès en sorcellerie à l’encontre d’un homme dont l’intelligence de l’érudition surplombe la bêtise infatuée de ses clercs ruminants.

Toujours est-il que le vertige nous saisit lorsque nous cheminons sur les lignes de crête d’une idéologie rhizomatique étendant inexorablement sa toile aux quatre points cardinaux du globe, de la cité banlocalisée des métropoles mondialisées au rift sahélo-saharien, d’Al-Qaïda à Boko Haram en passant par l’État islamique, du prosélytisme des prisons aux prédications des mosquées.

Non sans avoir exposé les moyens de lutte contre l’islamisme – ou plutôt contre l’islamo-business nourrissant ce dernier – sur lesquels notre spécialiste ne paraît guère entretenir de naïves illusions, celui-ci y met un point final en suggérant des scenarii pour l’avenir allant des plus extrêmes (l’affrontement) aux plus désespérés (la crise de l’Occident), jusqu’à mentionner les plus mièvrement iréniques (la parousie du « vivre ensemble » ou le déclin de l’islamisme prôné par Gilles Kepel).

Gourévitch, s’en tenant au « récitatif d’un islamisme de croisade », parle, lui, de « situation explosive »

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