Migrants

Aquarius : l’Italie met les Européens devant leurs responsabilités

 

L’Italie ne pouvait pas ne pas dire non. Le nouveau gouvernement a été élu sur un programme clair en matière migratoire et Matteo Salvini, désormais vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, a voulu marquer le coup : il a refusé d’accueillir l’Aquarius et ses 629 migrants, comme l’Italie s’était habituée à le faire depuis des années. Il a mis Malte devant ses responsabilités, mais aussi l’Union européenne.

Et cette Union européenne, incapable d’adopter une ligne ferme sur le sujet, a délégué le nouveau Premier ministre espagnol, visiblement à l’affût de toutes les occasions pour exister, pour porter son masque inconséquent d’une Europe ouverte.

« Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a donné des instructions pour que l’Espagne honore les engagements internationaux en matière de crise humanitaire et a annoncé qu’elle accueillerait dans un port espagnol le navire Aquarius dans lequel se trouvent plus de 600 personnes abandonnées à leur sort en Méditerranée. »

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C’est donc à Valence que débarqueront ces migrants.

On anticipe déjà les commentaires : une Italie nationaliste, égoïste et repliée, contre une Espagne socialiste, ouverte et généreuse. Passons sur l’accession au pouvoir de ce dernier dirigeant socialiste européen au bénéfice d’une combinazione qui n’a rien à envier à celles de l’Italie, en la circonstance plus respectueuse du vote populaire. Passons aussi sur le silence prudent de la France macronienne : notre Président, lui aussi habitué à sauter sur les kairos, n’a pas souhaité passer pour le sauveur de migrants au grand cœur. Il faut quand même être un peu cohérent avec son ministre de l’Intérieur : si l’Espagne de M. Sánchez veut être première sur la liste du benchmarking, inutile de lui voler la vedette.

Mais l’épisode – épisode, et non « fin », comme le proclament naïvement certaines gazettes comme Le HuffPost – de cette crise a permis à Matteo Salvini de marteler quelques vérités aux bonnes âmes qui se pâment devant la générosité de Pedro Sánchez – vérités que devraient aussi méditer nos responsables politiques :

« Sauver des vies est un devoir, transformer l’Italie en un énorme camp de réfugiés, non. L’Italie en a fini de courber l’échine et d’obéir, cette fois IL Y A QUELQU’UN QUI DIT NON. »

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Et, après la décision de l’Espagne :

« VICTOIRE […] De mémoire de citoyen, c’est la première fois qu’un bateau ayant secouru des migrants en Libye les débarquera dans un autre port qu’un port italien, c’est le signe que quelque chose est en train de changer. »

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Et, visiblement, pour M. Salvini, il ne s’agissait pas d’un simple coup de com’ car il a prévenu les ONG et les gouvernements européens qu’ils seraient désormais confrontés à la même situation.

Finalement, les populistes, même arrivés au pouvoir, ça a quand même deux mérites : ça tient ses promesses et ça met les pieds dans le plat.

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