Editoriaux - Education - Histoire - Presse - Table - 8 janvier 2018

Après la réforme du bac, Jean-Michel Blanquer s’attaque à la maternelle

Après avoir présenté sa réforme du baccalauréat, le ministre de l’Éducation nationale annonce, pour mars prochain, des « assises de la maternelle » afin de « penser l’école maternelle de demain ». C’est une bonne chose en soi. Réformer le bac revient, en fait, à l’adapter une fois de plus à la baisse du niveau des élèves. « Transformer l’école maternelle », comme titrent certains journaux, c’est essayer de prendre le mal à la racine.

Jean-Michel Blanquer affirme que la maternelle « va bien » et qu’il s’agit seulement d’en faire « quelque chose qui irait très bien ». On aimerait le croire. Le travail mené par les professeurs et les ATSEM (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) n’est évidemment pas en cause. L’interview que le ministre a accordée à Ouest-France le 6 janvier révèle, d’ailleurs, bien plus la défaillance de certains parents que la faillite de l’enseignement à ce niveau.

M. Blanquer souhaite ainsi « faire [de la maternelle] véritablement l’école de l’épanouissement et du langage ». Car, constate-t-il, « le langage, c’est aujourd’hui la première des inégalités, qui se traduit par la quantité de vocabulaire maîtrisé à l’entrée en maternelle. On doit la compenser en faisant de la maternelle un bain de langage, le moyen d’acquérir un vocabulaire riche, qui aura un impact important sur la réussite à l’école élémentaire et en cours préparatoire. » Et après, pourrait-on ajouter en se désolant sur la pauvreté du « vocabulaire maîtrisé » par beaucoup d’élèves à leur sortie du lycée. Puisque le ministre parle d’« inégalités », il y a donc manifestement des familles où l’on parle aux enfants, en français (et dans un français correct), où on leur lit des histoires en français, et d’autres où l’on ne fait rien de tout cela, ou pas suffisamment. Cela a sans doute toujours été, mais l’immigration massive et le peu d’empressement de certains immigrés à s’intégrer n’ont certainement pas arrangé les choses.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, spécialiste de la petite enfance, auquel le ministre a confié ce chantier rappelle en outre qu’« un enfant qui maîtrise un très grand nombre de mots, c’est un enfant qui va savoir établir une relation, contrôler ses pulsions, et a fortiori mieux se sociabiliser ». Une analyse que semblent malheureusement confirmer, a contrario, les incivilités et les actes de violence croissants dans nos établissements scolaires.

En revanche, l’idée de « créer de nouveaux outils pédagogiques, dont certains à l’adresse des parents », me dérange un peu. N’y aurait-il pas là un mélange des genres ? Les parents ont-ils vraiment vocation à se substituer aux pédagogues ? Et, pis encore : « Il nous faut créer, explique Jean-Michel Blanquer, un nouveau dialogue, de qualité, avec les parents, pour qu’ils se sentent bienvenus et associés à l’éducation de leurs enfants. » Peut-on réduire les parents au rôle secondaire de simples « associés » ? Ne sont-ils – ne devraient-ils – pas être les éducateurs naturels et principaux de leurs enfants ? On aurait aimé entendre cela dans la bouche de Jean-Michel Blanquer. Mais peut-être sous-entend-il que certains parents sont incapables d’éduquer leurs enfants. Et là, c’est un autre chantier…

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