Musulmans vs islamophobes : un conflit bien orchestré

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Mercredi 7 août, garde à vue pour un jeune sergent de l’armée de l’air qui projetait de célébrer d’une façon un peu douteuse la fin du ramadan en tirant sur les fidèles de la mosquée des Minguettes (Vénissieux). Mis en examen le 11, il est actuellement en détention provisoire.

Jeudi 8 août, sur la place du Capitole à Toulouse, un groupe de femmes qui fêtaient un enterrement de vie de jeune fille ont été agressées par un troupeau d’âmes sensibles qui n’avaient pas apprécié le pénis gonflable attaché à la poitrine de la future mariée enceinte de cinq mois : « Ils nous ont tiré les cheveux, arraché nos perruques, traitées de salopes et de putes, de filles impures ! », confie l’intéressée, qui assure avoir même tenté de calmer la tension dès les premières insultes en s’écartant avec ses amies pour enlever leurs déguisements.

D’un côté, des musulmans victimes de la vindicte d’un homme décrit comme « proche de l’extrême droite ». De l’autre, des musulmans (c’est ce que l’on croit deviner en tout cas) coupables de jouer les pères la pudeur et d’imposer vigoureusement leurs règles religieuses. Ces deux actualités sont décidément le parfait exemple d’une violence et d’un ressentiment collectifs qui ne cessent de croître dans diverses communautés françaises.

Tandis que le dernier rapport annuel du Collectif contre l’islamophobie fait état d’une montée vertigineuse des actes de violence à l’égard des Français musulmans (http://www.islamophobie.net/sites/default/files/file_attach/RAPPORT-ANNUEL-CCIF-2013.pdf), 73 % des Français disent avoir une image négative de l’islam et seuls 32 % jugent les valeurs qu’il professe compatibles avec les lois de la République (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/04/16/97001-20130416FILWWW00610-les-francais-inquiets-de-l-islam-sondage.php).

Des femmes voilées subissent au quotidien des agressions parfois sauvages lorsque des non-musulmans se font tabasser pour avoir mangé ou servi de la nourriture pendant le ramadan. Quelle est la cause véritable de ce désordre étendu ?

De nombreux musulmans reprochent aux Français de souche, qui n’y sont pour rien, la colonisation, l’immigration, l’exploitation ou l’esclavage, leurrés par des élites qui leur ont inoculé la croyance tenace que l’assimilation était une offense raciste, que leur statut d’éternelles victimes les exemptait de tout blâme et faisait de chacune de leurs fautes une réaction naturelle au climat nauséabond ou à l’écœurant passé de la France. Naturellement, ils se confinent dans la chaleur d’une communauté religieuse dont ils ne veulent plus s’extirper. On les laisse faire ? Ils font et se radicalisent. On ne les laisse pas faire et on leur impose sporadiquement des débats souvent stériles ou des lois symboliques sur l’identité française, le voile ou le niqab ? Ils se radicalisent plus encore, obtempèrent avec une dangereuse amertume ou désobéissent – par plaisir ou par principe.

Si le voile trouble tant la France (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/08/05/01016-20130805ARTFIG00421-un-rapport-officiel-preconise-l-interdiction-du-voile-a-l-universite.php), pourquoi n’a t-il pas été interdit plus tôt ? Et pourquoi les lois qui limitent son usage tombent-elles au compte-gouttes comme autant de consolations épisodiques destinées à donner à ceux qui les attendent l’illusion d’être pris en considération ? Oh, vraiment… l’on pourrait finir par croire qu’il s’agit de faire grimper l’intégrisme islamique et la rancœur des musulmans tout à la fois ! Avec une incohérence dangereuse, on leur envoie des signaux contradictoires. On leur dit « venez comme vous êtes ! », puis on leur demande soudainement, une fois qu’ils sont installés depuis si longtemps que l’on ne se souvient plus du temps de leur absence, de se vêtir, manger et vivre comme le reste de la maisonnée. On leur dit « si vous n’êtes pas contents, rentrez chez vous ! » C’est vite oublier qu’ils sont chez eux. L’on ne vient pas changer l’emplacement des meubles une fois que la maison est vendue. De même, l’on ne modifie pas les clauses d’un contrat déjà signé.

On a bien le droit de ne pas aimer l’islam, mais il faut alors tourner son regard vers ceux qui le laissent étendre ses orteils sous les parasols bienveillants de la République et non vers les musulmans qui sont souvent affligés du même tourment identitaire que les Français de souche.

Il est vrai que de nombreux Français peu épris de l’islam assistent avec rage et impuissance au changement de leur pays. Ils subissent ce qu’ils n’ont pas choisi, s’accommodent souvent des décisions prises sans eux et résistent parfois, quand ils s’arment de courage ou sont débordés par le ras-le-bol. Ils ont l’aigreur légitime de la majorité ignorée qui essuie ses plaies dans l’ombre.

C’est eux que l’on cherche à contenter quand, de façon très symbolique et modeste, l’on initie des lois et des débats qui accapareront longtemps l’espace médiatique et ne déboucheront finalement sur rien. L’on passe des mois entiers à déblatérer sur le niqab pour finalement accoucher avec misère d’une loi qui n’est presque jamais respectée. Ces agitations génèrent suffisamment de tumulte pour que certains musulmans se sentent blessés, subissent des actes de violence ou ripostent par la revendication communautaire ou l’excès vindicatif. Mais pas assez de résultats pour que ceux des Français qui attendaient de franches mises au point avec l’islam et ses fidèles puissent y puiser un quelconque contentement ou pour que l’intégrisme religieux cesse de progresser. Au contraire, il prend ses aises bien tranquillement. Si le mal du débat stigmatisant ou de la loi peu consensuelle est parfois nécessaire, il ne l’est que quand il prétend au moins engendrer un bien. Où est-il dans le cas présent ? Nous avons ici l’exemple même du mal qui n’engendre que le mal et rien d’autre !

Ces Français « islamophobes » ne voyant jamais aboutir les lois et les débats qui leur sont destinés, l’extrême droite amasse le butin. Si cette dernière dérange tellement, pourquoi favoriser sa croissance ? Ne se réjouit-on pas, quelque part dans les rangs de la gauche, de la voir grandir au détriment de cet ennemi héréditaire qu’est la droite « républicaine » ? Ne se félicite t-on pas, quelque part dans les bureaux de Solférino, de maintenir cette division qui permet d’accéder au pouvoir et de s’y maintenir ? Et à Vaugirard, du côté de l’UMP, n’a-t-on pas longuement courtisé ces électeurs d’outre-droite afin d’arracher au sort un petit quinquennat ?

Il semblerait que les politiciens, de droite comme de gauche, oscillent sans cesse entre deux réactions : beaucoup de bavardages pour engendrer autant de ressentiment que de radicalisation de chaque côté, trop peu d’actes pour que les problèmes posés trouvent une solution véritable. Incohérents, ils se font dénonciateurs et auxiliaires tout à la fois de l’actuelle situation. Ils se lamentent sur un désordre favorisé des années durant, déplorent un ressentiment qu’ils ont généreusement nourri, se plaignent d’un intégrisme religieux ou d’un extrémisme politique qu’ils ont aidé à s’implanter.

Ils banalisent l’immigration (la fille d’immigrés que je suis est bien placée pour le dire : il ne s’agit pas d’un acte anodin mais bel et bien d’un déracinement destructeur et contre-nature) sans veiller à son bon déroulement. Ils la font croître sans soleil puis viennent pleurnicher quand ses fruits sont amers. Ils se torchent le derrière avec l’assimilation, puis la rappellent de tous leurs vœux, à l’image de l’employé piteusement licencié dont on ne constate la valeur que quand il étale ses prouesses chez le voisin et que l’on supplie à genoux de revenir astiquer ses latrines.

L’alternance n’arrange rien : la droite comme la gauche détricotent jusqu’à la nudité les maigres ouvrages du prédécesseur. Le pays se retrouve ballotté entre un mandat rouge et un mandat bleu. Il n’a pas fini de défaire son sac qu’on lui dit de remballer ses affaires pour aller s’installer chez l’ennemi.

On joue les petites femmelettes indécises avec des sujets graves qui engagent l’avenir d’un pays. On veut, on veut pas. On commence, on ne finit pas. Dans le jargon des politiques, cela s’appelle faire son métier. Dans celui du peuple, cela s’appelle se moquer du monde.

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