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Alimentation : les agriculteurs entre le marteau et l’enclume

Consultant
 

S’il y a un sujet sur lequel il ne faut pas titiller les Français, c’est bien la nourriture. Et parmi les nombreux porte-drapeau et défenseurs de la bonne bouffe que compte notre pays, il y en est un particulièrement sensible : M. Périco Légasse, critique gastronomique, héraut des filières traditionnelles et du bon goût.

Dans une récente interview sur La Chaîne parlementaire, il a déclaré : « On empoisonne les classes défavorisées avec des produits bas de gamme imposés à des producteurs qui sont obligés de faire de la merde. » Rien de moins. Que penser de cette pique à l’encontre de l’industrie agroalimentaire et de la majorité des agriculteurs qui la servent ? Que M. Périco Légasse a bien entendu raison de vouloir privilégier les produits sains et de qualité. Ce qui renvoie, en amont, aux producteurs biologiques, ce qui suppose aussi la mise en place de filières courtes et ce qui, enfin, implique que l’on cuisine soi-même les produits que l’on a achetés. In fine, il faut que tout un chacun ait le temps et les compétences de cuisiner ses bons petits plats : velouté de légumes frais, papillote de veau aux pois gourmands, tarte fine aux pommes, en faisant soi-même son fond de tarte, etc.

Le fait-maison est, bien entendu, meilleur que les plats cuisinés déjà tout préparés (et le restera), et parfois meilleur qu’au restaurant, toutes choses étant égales par ailleurs.

Bien entendu, chacun préfère déguster les fruits et légumes de son potager plutôt que de les acheter en grande surface. Encore faut-il posséder un lopin de terre et avoir le temps de jardiner…

Mais M. Périco Légasse, qui ne précise pas ce qu’il veut dire par « empoisonner », n’a pas tout à fait raison non plus. En effet, les produits livrés par la grande distribution et qui viennent pour beaucoup de l’agriculture dite intensive, mais également de l’agriculture biologique, ne sont pas empoisonnés, même s’il arrive que l’on retrouve des traces d’OGM et de pesticides dans les produits… bio. Le secteur agroalimentaire a consenti de nombreux efforts depuis la dernière décennie pour améliorer la sécurité alimentaire et la traçabilité des produits. C’est ce qui explique que l’on retire toujours des lots infectés par la salmonelle, des staphylocoques ou autres bactéries. La sécurité alimentaire, de ce point de vue, existe. De plus, le chroniqueur gastronomique omet un pan considérable du problème : l’éducation à la cuisine et à la gastronomie. Car beaucoup de Français, classes défavorisées ou non, ne savent pas tous cuisiner…

Reste que ni le bio, ni les contrôles, ni la traçabilité, ni tout autre dispositif n’empêcheront les scandales alimentaires. Car il y aura toujours des personnes malveillantes pour tirer profit du système. On l’a vu avec les raviolis à la viande de cheval. En fait, derrière le coup de gueule de Périco Légasse se pose la question du modèle d’alimentation que l’on veut : élitiste donc pour un petit nombre ou populaire pour le plus grand nombre ? Au bout du bout se pose le mode d’agriculture à encourager : intensif ? Extensif ? Bio ? Avec OGM, sans OGM ? Le tout sachant que nous sommes déjà plus de sept milliards d’individus sur Terre et que les terres arables ne sont pas extensibles. Comme d’habitude, les agriculteurs sont pris entre le marteau des opérateurs industriels et l’enclume des demandes des consommateurs.

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