Alexandre Leraître : Goldman Sachs a aidé la Grèce à truquer ses comptes pour mieux spéculer sur son dos !

Journaliste
 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

À en juger de Grèce en état de choc (kontrekulture.com), votre dvd documentaire consacré à la crise grecque et co-réalisé avec David Gendreau, deux faits ressortent : les Grecs ont été plus que légers en s’endettant au-delà du raisonnable, mais la banque Goldman-Sachs aurait comme une sorte de responsabilité, elle aussi. Pouvez-vous faire le point pour nos lecteurs ?

La banque Goldman Sachs a, en fait, surtout aidé les Grecs à maquiller leurs comptes pour pouvoir entrer dans l’euro. Par la suite, sachant pertinemment que la Grèce ne pourrait pas survivre avec une monnaie trop forte, elle a spéculé sur son effondrement.

Sur l’endettement, on explique que l’euro l’a largement favorisé puisque cette monnaie, tout en étant néfaste, pouvait s’emprunter à des taux très bas. Les « plans d’aide » ont permis de prolonger ce processus un peu plus longtemps. Donc, au-delà des dérives budgétaires de l’État grec qui sont bien réelles, nous montrons, avec David Gendreau, mon coréalisateur, que le pays a été inclus dans un système qui favorise structurellement les dérives en question.

Parmi les personnalités rencontrées : à droite, le souverainiste anglais Nigel Farage, président du parti UKIP, et à gauche, le musicien Míkis Theodorákis. Et les deux tiennent aujourd’hui le même discours patriote. Étrange, ou logique ?

Au-delà des sensibilités de chacun, tous s’accordent à constater que l’Union européenne les prive de l’essentiel de leurs marges de manœuvre. Le vrai clivage se situe plutôt là : entre européisme et souverainisme, plus d’Europe ou plus d’État.

On peut rajouter que ces deux hommes, pour des raisons différentes mais convergentes, ont aussi une certaine méfiance vis-à-vis de l’Allemagne. Farage, en bon sujet de la couronne, voit évidemment d’un mauvais œil que Merkel impose ses desiderata sur le continent européen. Quant à Theodorákis, pour avoir été un résistant de la première heure, il est assez sensible à cette situation qui veut que les « plans de sauvetage » qui détruisent aujourd’hui son pays soient peu ou prou des injonctions du ministre des Finances allemand.

Vous interrogez longuement l’essayiste Michel Drac. Lequel, à rebours de la théorie du complot bancaire, pointerait plutôt la nullité et les raisonnements à courte vue de nos élites. Votre avis ?

La théorie du complot bancaire supposerait que nos « élites » formeraient un acteur décisionnel unitaire et coordonné, ce qui est loin d’être le cas. Certains sont simplement incompétents et ne se sont jamais demandé comment fonctionne une union monétaire, d’autres sont plus lucides sur la viabilité peu crédible de la zone euro et essayent simplement de gagner du temps. Donc, dire que tout cela a été intégralement voulu et planifié par les élites européennes, c’est certainement leur prêter un machiavélisme et une intelligence qu’elles n’ont pas.

Ce documentaire pointe également du doigt d’autres facteurs qui entrent en jeu, et qui sont d’ordre géopolitiques et financiers. Il n’y a donc pas « une cause » qui expliquerait tout le reste.

Après ne soyons pas naïfs pour autant : l’Europe est clairement mise sur des rails et obéit donc à un agenda plus ou moins précis. Quand certains parlaient, il y a dix ans, du fameux traité transatlantique, on les traitait de complotistes. Aujourd’hui, le traité est en négociation, et dans la plus grande opacité.

Dans votre documentaire, on sent la colère poindre à chaque coin de rue. Qui pourrait éteindre l’incendie, et si oui, comment ?

Même si l’extrême gauche Syriza prenait le pouvoir, elle ne pourrait pas faire de plan de relance. Quant à une sortie du pays de l’Union européenne, elle créerait une réaction en chaîne qui donnerait aux autres pays l’envie de l’imiter. Il est donc peu probable que les technocrates européens et Washington permettent un tel événement.

Il faut aussi garder en tête la pression psychologique énorme que subissent les Grecs, et qui consiste à les amener à se sentir eux-mêmes comme des incapables qui n’auraient aucune chance de s’en sortir seuls en dehors de l’UE. C’est pourquoi, paradoxalement, ils se raccrochent désespérément à cette Europe qui les spolie. On entend souvent des gens indignés nous dire : « Mais pourquoi ne font-ils pas la révolution ? », mais c’est sans compter ce facteur psychologique. Donc, qu’ils sortent de leur propre chef de l’euro et de l’UE, ça nous paraît peu probable.

L’hypothèse que leur salut vienne de la volonté d’un des « grands » pays d’Europe du sud de mettre fin à l’euro paraît plus crédible en termes de rapport de force. D’un autre côté, ça revient à dire qu’ils doivent compter sur François Hollande pour espérer s’en sortir, ce qui n’est pas pour leur remonter le moral !

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