Alexandre Giuglaris : Délinquance : on ne nous dit pas la vérité !


Délégué général de l'Institut pour la Justice

 

Entretien réalisé par Claire Verdier.

Le ministre de l’Intérieur a commenté les chiffres communiqués par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Et a ainsi tenu à rappeler les grandes lignes de sa politique de sécurité. Boulevard Voltaire a demandé à Alexandre Giuglaris, délégué général de l’Institut pour la Justice, sa réaction.

Comme il l’a déjà annoncé à plusieurs reprises, Manuel Valls a répété vouloir réformer « l’appareil statistique pour le rendre totalement transparent ». Qu’en pensez-vous ?

Qui peut être contre cet objectif ? Personne. Et nous nous réjouissons, à l’Institut pour la Justice, de cette volonté de transparence. Maintenant, tout dépend de ce que l’on entend par transparence.

Il est nécessaire de publier des indicateurs qui permettent aux décideurs politiques et surtout à l’opinion publique de connaître l’état de la criminalité dans notre pays. Le point essentiel est donc de savoir dans quelle mesure on peut faire confiance à ces chiffres.

Pour 2012, on nous explique que les changements de l’appareil statistique, en zone gendarmerie, faussent les résultats qui sont évidemment en hausse pour les violences physiques. Mais on nous annonce déjà qu’en 2013, le changement de l’appareil statistique en zone police faussera les résultats. Quand cessera-t-on de vouloir cacher la vérité ? Pourtant, Manuel Valls faisait part, en novembre dernier, de sa préoccupation face à la hausse des violences aux personnes…

Que veulent dire ces chiffres ? Que révèlent-ils ?

Ils révèlent surtout une trop grande diversité de données, difficiles à analyser. Ainsi, on se réjouit, à juste titre, de la baisse des homicides, qui concerne pourtant moins de 500 cas par an. Mais, dans le même temps, l’ONDRP a constaté en zone police, dont les chiffres ne sont pas contestables, une hausse de 8,5 % des vols à la tire (plus de 6 000 faits en plus) ou de 4,7 % des vols simples (ce qui représente une hausse de plus de 11 000 faits).

Pourtant, il ne faut jamais oublier que les chiffres annoncés ne donnent que la mesure de la délinquance enregistrée à la suite de plaintes. Une très large partie de la criminalité échappe donc à ces statistiques.

Ne fait-on pas dire aux chiffres ce que l’on veut ?

Cette question est légitime. L’ONRDP a découvert, par exemple, que le nombre de week-ends dans un mois pouvait modifier les résultats en faisant reporter au mois suivant certains actes… Sans parler du fait que, il y a deux ans, le ministère de la Justice a donné comme instruction de ne plus prendre de plainte pour les débits frauduleux commis sur internet sans dépossession de sa carte bancaire.

C’est pourquoi, on devrait avant tout s’intéresser aux chiffres des enquêtes de victimation menées depuis 2007 par l’INSEE et l’ONDRP. Elles mettent en lumière une réalité bien plus inquiétante : seulement 10 % des victimes de violences conjugales ou des victimes de viols vont jusqu’au bout de la procédure du dépôt de plainte ! 30 % pour les victimes de violences physiques et 50 % pour les victimes de vols avec violence…

Et vous, quelle réalité observez-vous ?

Celle que l’on retrouve dans le dernier livre de Laurent Obertone, la France orange mécanique. L’auteur évoque des chiffres terribles que nous ne cessons de dénoncer. Toutes les 24 heures, il y a 13 000 vols, 2 000 agressions et 200 viols en France. C’est cela, la réalité de la criminalité dans notre pays !

Tant mieux si le gouvernement mesure mieux la criminalité que par le passé. Mais sa responsabilité va très vite se poser sur les réformes qu’il met en œuvre. La politique pénale conduite par Christiane Taubira, qui consiste à supprimer les peines plancher, la rétention de sûreté, les tribunaux correctionnels pour les mineurs récidivistes les plus dangereux ou à vouloir réduire le nombre de personnes envoyées en prison, ne peut qu’inquiéter…

Si Manuel Valls ou François Hollande pensent qu’on a sous-estimé ou caché l’importance de la délinquance dans notre pays, vont-ils maintenir ces mesures laxistes qui créent un sentiment d’impunité particulièrement préjudiciable ou changer de politique pénale pour assurer la sécurité des Français ? L’enjeu essentiel est celui de la réponse pénale face à cette criminalité grandissante.

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