Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - Société - Sport - 16 juillet 2018

Alexandre Langlois : « Tout est fait pour dire : vous n’avez rien à craindre de l’autorité de l’Etat ! »

Au lendemain des scènes de violence et de pillage qui ont suivi les célébrations de la victoire des Bleus face à la Croatie, Alexandre Langlois déplore le sentiment d’impunité des délinquants, souvent sanctionnés de manière dérisoire, même lorsqu’il s’en prennent aux représentants de l’autorité de l’État.

Les festivités du 14 Juillet, jour de la fête nationale, et du 15 juillet, jour de la Coupe du monde, ont fini par le même scénario : des émeutes et un cassage généralisé. Comment expliquez-vous ces débordements systématiques ?

Je les explique par le laisser-faire systématique au quotidien. Les problèmes ne sont pas réglés à la racine. Par conséquent, les mêmes personnes se retrouvent lors de ces grands événements et profitent de l’appui de la foule pour agir avec plus d’impunité. Elles entraînent les personnes à côté, créant ainsi un effet de masse encore plus impressionnant.
Tant qu’on ne règle pas le problème au quotidien, cela ne changera rien sur les grands événements.

Comment expliquer que ce soit visiblement toujours les mêmes et comment expliquer une certaine passivité des forces de l’ordre ?

Les forces de l’ordre agissent déjà en unité constituée. Nous n’avons pas de moyens d’intervention d’initiative. Tous ces délinquants devraient déjà faire l’objet d’interpellation pour leurs actes réguliers dans les quartiers populaires en empêchant les gens de vivre.
Ceux des quartiers populaires gangrènent d’autres personnes. Si le travail n’est pas fait au quotidien, le facteur de destruction est multiplié par le nombre de personnes qui viennent de différents endroits.
Nous constatons une impuissance générale de la police qui est amplifiée lors de ces événements.

Des directives politiques ont-elles été prises dans un sens qui puisse expliquer ce bilan ?

Monsieur Collomb avait annoncé qu’il pouvait compter sur un effectif de 110.000 policiers sur 150.000. C’est bien, mais nous aurions préféré qu’il y ait moins de policiers et qu’ils interviennent réellement immédiatement.
Je me répète, si le travail était fait au quotidien, il n’y aurait pas besoin de déployer tant d’effectifs le jour J.
Nous sommes dans la communication du nombre, nous brassons du vent.
Au final, on compte 49 blessés pour les forces de l’ordre et 235 interpellations. Je ne sais pas les suites qui seront données. Des délinquants s’en sont pris à des camions de pompiers et du SAMU.
Cela ne fait que rejoindre le signal qui a été donné début juillet. Deux personnes s’étaient filmées en volant un camion de pompiers au cours d’une intervention. Leur sanction avait été un simple rappel à l’ordre. On leur dit qu’ils peuvent prendre des camions d’urgence pour s’amuser et qu’ils ne risquent rien. C’est toute l’autorité de l’État qui est remise en cause.
Tant qu’il n’y aura pas de changement, nous n’arriverons à rien du tout.
Je reviens sur les événements de la Coupe du monde de football. Monsieur Collomb a fait un petit tweet en disant que le ministère de l’Intérieur était aux couleurs des Bleus. Je voulais juste lui rappeler que le drapeau bleu blanc rouge n’est pas celui d’une équipe de football mais d’un pays qui a une équipe de football qui a gagné le Mondial.
N’inversons pas les valeurs.

La plupart des délinquants qui ont agi en toute impunité sur les Champs-Élysée l’ont fait à visage découvert. Cela traduit-il un sentiment d’impunité ?

Cela traduit évidemment un sentiment d’impunité et de bêtise. On ne pourra pas forcément retrouver tout le monde. C’est malheureux à dire, mais comme ce n’est pas le fils du Président qui s’est fait voler son scooter, ça prendra beaucoup plus de temps si, un jour, on les retrouve.
Ils peuvent agir à visage découvert, ils ne risquent plus grand-chose.
Un délinquant peut aujourd’hui être condamné à de la prison ferme et être en liberté un an après, voire ne pas être incarcéré du tout. Tout est fait pour dire qu’il n’y a rien à craindre de l’autorité de l’État.

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