Editoriaux - Entretiens - 20 décembre 2018

Alexandra Sobczak-Romanski : « Le fait de ne plus reverser les taxes du Loto du patrimoine, comme l’État s’y était engagé, est une preuve de plus que les promesses sont rarement tenues ! »

La présidente fondatrice d’Urgence patrimoine répond aux questions de Boulevard Voltaire.

Finalement, la majeure partie des bénéfices du Loto du patrimoine ira bien dans les caisses de l’État. Comment réagissez-vous à la nouvelle ?

À l’heure où le peuple français manifeste un mécontentement certain (et bien légitime) contre les taxes en tout genre et surtout contre les difficultés du quotidien, il est évident que le patrimoine n’est plus une priorité et que les députés ont pensé que c’était le moment idéal pour faire volte-face quant à leur engagement.
Le seul problème, c’est que l’amnésie collective conduit le patrimoine de nos territoires à sa perte, alors que le patrimoine est l’atout majeur du tourisme en France et que, sans tourisme, notre pays se porterait bien plus mal ; mais ça, c’est un autre débat.
Je trouve que le fait de ne plus reverser les taxes du Loto, comme l’État s’y était engagé, est une preuve de plus que les promesses sont rarement tenues ; et c’est également un manque de respect envers les joueurs qui ont cru faire une bonne action en faveur du patrimoine en péril et qui, en fin de compte, ont surtout contribué à renflouer les caisses de l’État.

Cette décision a provoqué, entre autres, la colère de Stéphane Bern. Quel conseil donneriez-vous au Monsieur Patrimoine d’Emmanuel Macron ?

Je ne me permettrai pas de donner des conseils à Stéphane Bern, qui d’ailleurs n’a besoin de personne pour se rendre compte qu’il a été instrumentalisé par son ami de l’Élysée, mais je pense qu’il serait temps que Monsieur Patrimoine claque la porte et reparte défendre le patrimoine par le biais de sa propre fondation, puisqu’il existe bien une fondation Stéphane Bern pour la sauvegarde du patrimoine.
D’ailleurs, j’aimerais que l’on nous explique quels ont été les arrangements entre la Fondation du patrimoine et la fondation Bern, car faire la promotion d’un « concurrent » me semble curieux.
Imaginez Leclerc lancer une campagne promotionnelle en invitant les gens à faire leurs courses chez Carrefour… Eh bien, là, c’est un peu la même chose. Cependant, nous ne pouvons que saluer l’investissement de monsieur Bern, au moins pour les patrimoines « emblématiques », ceux qui sont connus et médiatiques, bref, à son image.
Pour le patrimoine plus modeste, c’est autre chose. D’ailleurs, à ce jour, ce sont des dizaines de sites pourtant retenus pour profiter du loto qui n’ont pas encore vu la couleur d’un euro.
Pourtant, La Française des jeux a versé la part des gains qui revenait au patrimoine en péril à la Fondation du patrimoine, qui a la charge de les redistribuer aux heureux lauréats retenus ; lauréats qui désespèrent de ne rien voir venir.

On parle souvent de patrimoine en danger et c’est un sujet qui inquiète les Français. Comment peut-on se mobiliser pour sauver ce patrimoine ?

En ce moment, ce n’est pas vraiment le principal sujet d’actualité, mais il est vrai que, quand les périodes sont socialement et économiquement troubles, le patrimoine rassure. Quand l’avenir est sombre, le passé apparaît souvent comme une lumière et c’est pour cette raison que les Français aiment leur patrimoine.
Que faire ? Il importe de déjà arrêter de croire qu’un loto pouvait sauver le patrimoine, même si l’argent récolté est toujours un « plus ».
Je pense que c’est à nous, « citoyens », de nous mobiliser et d’agir, sans attendre que l’État subvienne à tout, d’autant qu’on le sait, les caisses sont vides… enfin, elles sont vides pour refaire la toiture d’une petite église au fin fond du Cantal, mais pas vides pour repeindre en « taupe » les somptueuses boiseries dorées de l’Élysée ou pour envisager de dorer à grands frais les toits du château de Chambord.
Bref, c’est à nous de nous prendre en main et aux élus locaux de voir leur patrimoine avec « les yeux de l’amour » et pas comme une charge accablante. Un patrimoine qui vit, c’est un patrimoine qui produit !
Bien évidemment, il n’y a pas de recette miracle, mais il faudrait penser à « inventer » la sauvegarde du patrimoine de demain. J’en ai déjà parlé à maintes reprises, mais une micro-taxe sur les plates-formes de réservations hôtelières, par exemple, permettrait de contribuer à la sauvegarde du patrimoine ou, du moins, à son entretien.
Nous sommes tous consommateurs du patrimoine, il est l’heure d’en devenir les acteurs…

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