Editoriaux - International - 17 octobre 2018

Affaires Skripal et Khashoggi : le double discours de l’Occident

Depuis la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, les chancelleries occidentales se montrent très prudentes vis-à-vis de l’Arabie saoudite pour préserver des intérêts économiques en jeu. En mars dernier, les sanctions antirusses avaient, en revanche, été immédiates suite à l’affaire Skripal…

Depuis le 2 octobre, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi est porté disparu suite à une visite au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. « Bête noire » du royaume wahhabite et du prince héritier Mohammed ben Salmane et exilé aux États-Unis depuis 2017, il s’était rendu en Turquie afin d’obtenir des documents nécessaires pour son prochain mariage. Rapidement, la nouvelle de sa disparition, relayée par sa fiancée présente sur place, s’est répandue comme une traînée de poudre, mettant mal à l’aise les nombreux alliés de l’Arabie saoudite en Occident, dont la France et les États-Unis.

Si Emmanuel Macron a déclaré souhaiter « que tout soit mis en œuvre pour que nous ayons toute la vérité sur cette affaire », Donald Trump a indiqué, après un entretien téléphonique avec Mohammed ben Salmane, que « le roi a fermement nié avoir connaissance de quoi que ce soit… Je ne veux pas spéculer à sa place, a-t-il ajouté, mais il m’a semblé que, peut-être, cela pourrait être le fait d’éléments incontrôlables. Qui sait ? »
Pour se donner bonne conscience, le président américain a dépêché son secrétaire d’État Mike Pompeo à Riyad, qui a rapporté les mêmes conclusions timorées. « [Les Saoudiens] démentent énergiquement savoir quoi que ce soit sur ce qui s’est passé dans leur consulat à Istanbul, a-t-il déclaré. [Le prince] s’est engagé à ce que le travail du procureur fournisse au monde entier une explication complète et définitive en toute transparence. » Malgré l’enquête qui se poursuit sur place et fournit des éléments accablants contre le pouvoir saoudien — selon le New York Times et le Washington Post, Riyad aurait organisé l’assassinat de Jamal Khashoggi via un groupe de quinze émissaires envoyé spécialement dans son consulat d’Istanbul —, ni les États-Unis ni les pays de l’Union européenne ne prennent officiellement position.

Rapport de force.

Tandis que Mohammed ben Salmane s’est engagé à remettre un rapport approfondi sur l’incident, Donald Trump semble reprendre la théorie saoudienne selon laquelle l’interrogatoire du journaliste aurait accidentellement mal tourné…

Quant à Emmanuel Macron, qui attend une discussion avec Mohammed ben Salmane « dans les prochains jours », il ne paraît pas pressé « que la vérité et la clarté soient établies ». Et pour cause : les intérêts économiques français, comme européens et américains, sont colossaux en Arabie saoudite, qui joue allègrement sur ce rapport de force. Avec près de douze milliards d’euros de contrats d’armement, rien que pour 2017 et 2018, Riyad est un « bon client » de Paris. Preuve de l’hypocrisie française : aucun grand groupe tricolore n’a décliné l’invitation au Future Investment Initiative (FII), le « Davos du désert » prévu à Riyad du 23 au 25 octobre.

La réunion du Centre franco-saoudien des affaires a, d’ailleurs, bien eu lieu comme prévu, lundi 15 octobre, à Paris, selon Georges Malbrunot, journaliste au Figaro.

Dans ces conditions, difficile de ne pas faire le parallèle avec une autre affaire similaire remontant à mars dernier : celle de l’ancien espion russe Sergueï Skripal, dont l’empoisonnement prétendument commandé par le Kremlin dans un restaurant de Salisbury, au Royaume-Uni, avait provoqué l’expulsion de soixante diplomates et agents russes des chancelleries américaines comme européennes, en particulier aux États-Unis, en France et en Allemagne. Malgré l’absence d’éléments tangibles, les sanctions à l’égard de la Russie avaient alors été immédiates et autrement plus sévères. Mais avec l’Arabie saoudite, les intérêts économiques sont visiblement suffisamment importants pour se permettre de laisser bafouer impunément les droits de l’homme…

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