Justice

Affaire Tariq Ramadan : ébats et débats

 

La Justice française a demandé, vendredi dernier, le placement en détention provisoire de Tariq Ramadan, mis en examen pour deux plaintes pour viol. Celui que la plupart des médias appellent le « théologien musulman », voire le « théologien suisse », nie catégoriquement les faits et a porté plainte pour « dénonciation calomnieuse ». Périphrases bien indulgentes, voire complaisantes, pour désigner quelqu’un qui ne condamne pas la lapidation des femmes dans des pays régis par la charia. Il devrait savoir, mardi, s’il reste en détention provisoire.

Il semble avoir eu du mal à expliquer comment l’une des plaignantes a pu décrire avec précision la cicatrice qu’il porte à l’aine. À moins qu’il n’ait l’habitude de parler de religion avec ses admiratrices, dans une chambre d’hôtel, dans la tenue d’Adam. Les pro-Ramadan prétendent que l’islamologue est espionné par des caméras et qu’il y aurait eu des fuites sur la fameuse cicatrice.

Mais le plus surprenant, c’est qu’il ait fallu attendre ces révélations, après l’affaire Weinstein et le mouvement #balancetonporc, pour que des politiciens et la plupart des médias s’interrogent sur la personnalité contestable de Tariq Ramadan et les enseignements qu’il dispense. Jusqu’alors, il bénéficiait des lumières médiatiques et faisait des conférences partout en France, sans qu’on s’en émeuve démesurément.

Ainsi, en mars 2016, devant la polémique suscitée par la venue du conférencier à Bordeaux, sur le thème « Les clés du vivre ensemble », Alain Juppé prit position en déclarant que « Tariq Ramadan n’est pas le bienvenu à Bordeaux » mais qu’« un maire n’a pas la capacité d’interdire une conférence ou une manifestation dès lors qu’il n’y a pas de présomption forte de trouble à l’ordre public ». Il est vrai que participait aussi à cette conférence le sociologue Edgar Morin, qui serait le père spirituel de notre Président.

Christophe Castaner, le patron de LREM, a reconnu dimanche, à l’antenne du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI », que « c’est vrai qu’il a été une star médiatique, et qu’il a été invité sur de très nombreux plateaux [de télévision], et que peu de voix s’étaient élevées pour le dénoncer. Ça doit nous interroger collectivement. Il a même été invité par des organisations politiques à participer à des colloques, ça doit les interroger. » Que ne s’est-il lui-même interrogé plus tôt sur le « double langage » de Tariq Ramadan ?

Nous verrons, dans les prochains jours ou les prochaines semaines, ce qu’il adviendra de cet expert du double langage. Quoi qu’il en soit, il a bénéficié jusqu’ici d’une indulgence coupable. Et ce, malgré les avertissements qui venaient parfois de la gauche elle-même. Si Edwy Plenel expliquait que Tariq Ramadan était un « intellectuel respectable », Caroline Fourest, qu’on ne peut soupçonner d’être une islamophobe, met depuis longtemps l’accent sur le danger qu’il représente. « Je n’ai jamais croisé un manipulateur aussi dévastateur », vient-elle de déclarer sur Europe 1.

Apparemment, beaucoup de politiciens se sont fait manipuler par Tariq Ramadan. Dommage qu’ils aient attendu ces plaintes pour viol pour considérer qu’il est peut-être dangereux et prendre leurs distances avec lui !