La saga Baby Loup : comme un germe de guerre civile

Ecrivain et juriste
 

La crèche associative Baby Loup s’est fait connaître en 2008 après avoir licencié l’une de ses salariées voilée, en raison même du port de son voile. Le 19 mars 2013, la chambre sociale de la Cour de cassation avait jugé le licenciement de l’intéressée comme étant dépourvu de cause réelle sérieuse.

L’affaire close, on pensait ne plus jamais entendre parler de Baby Loup. Mais voilà que la crèche revient sur le devant de la scène suite au refus de la région Île-de-France de subventionner son déménagement de Chanteloup-les-Vignes à Conflans-Sainte-Honorine.

À une période où tous nos hommes politiques font du zèle en matière de laïcité, la décision a de quoi surprendre. Quel est donc le motif de ce refus ? Officiellement, la région ne subventionne que les investissements et non les simples financements d’association. Pourtant, si l’on en croit Le Figaro, la région aurait déjà financé la crèche dans le passé. Nous ne sondons pas les reins et les cœurs, mais il se pourrait bien qu’officieusement la cause de ce refus soit plus inquiétante. Dans un texte publié sur le site du Monde, la directrice de l’établissement nous révèle les difficultés qui furent les siennes depuis l’éclatement de l’affaire. Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a matière à douter que la France soit encore la France :

Depuis le début de ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Baby Loup », notre équipe était déjà victime régulièrement des insultes, des menaces, du vandalisme ou de la diffamation sur son terrain historique – Chanteloup-les-Vignes […]. Aux hostilités extérieures et anonymes qui s’exerçaient jusqu’alors se sont ajoutées des altercations dans l’enceinte même de l’établissement, prenant pour acteurs certains parents avec lesquels nous travaillions pourtant depuis des années dans la confiance et sans heurts, et qui sont devenus soudain des ardents défenseurs de revendications singulières que l’on serait aujourd’hui « obligés par la loi » de mettre en œuvre. Prises au sérieux, celles-ci impliqueraient pour nous de séparer les enfants en fonction des modes de vie décidés par leurs parents, d’en exclure certains des jeux ou fêtes jugés impropres à telle ou telle religion, d’en isoler d’autres au moment du repas pour les prémunir de goûter (et même de toucher) des aliments défendus, de réglementer les modalités du sommeil selon diverses habitudes arbitraires… au mépris des envies et des besoins que les pédiatres et pédopsychiatres éclairent de leurs préconisations.

On y voit soudainement plus clair. Depuis l’arrêt rendu par la Cour de cassation, la crèche n’était simplement plus gérable du fait du choc des diverses revendications identitaires, fruit inévitable du multiculturalisme. En d’autres termes, le conseil régional a coupé les vivres à l’établissement pour éviter que les relations entre les familles bénéficiaires de la crèche ne s’enveniment encore davantage. Les diverses populations concernées, de fait, n’arrivent pas à vivre ensemble. Ainsi, face à l’impossibilité de concilier les différentes pratiques culturelles de la ville et par crainte que les événements ne dégénèrent, le conseil a préféré arrêter les frais et ne plus souffler sur les braises.

L’affaire Baby Loup est hautement significative. Elle illustre le fait que la laïcité, à force d’applications à géométrie très variable fortement éloignées de la loi de 1905, est devenue une coquille vide. La laïcité est dorénavant un principe totalement inopérant, autour duquel il n’est plus possible d’organiser la société française.

Moralité ? N’en déplaise à Pierre Bergé et Dounia Bouzar, l’impasse du multiculturalisme ne sera surmontée que lorsque nos institutions reconnaîtront le passé chrétien de la France et que toutes les conclusions en seront tirées. À bon entendeur.

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