Editoriaux - 16 septembre 2018

Adieu plastique !

Ce qu’il y a de bien, dans la France orwellienne, c’est la parfaite coordination médias-pouvoir pour nous éduquer aux mesures citoyennes.

Le 11 septembre, Élise Lucet nous apprenait, sur France 2, dans son magazine « Cash investigation », que l’enthousiasme des années 50 pour cette prodigieuse matière nouvelle, le plastique, devait laisser la place – et plus vite que ça, si on voulait sauver la planète – à une réprobation sans nuance et un bannissement immédiat.

À l’appui de sa démonstration, le spectacle navrant d’une malheureuse tortue des narines de laquelle fut extraite, dans de grandes souffrance, une paille, de celles qu’on utilise pour boire, en évitant les pépins, sa citronnade un soir d’été. Suivaient quelques chiffres, et leur implacable conclusion : bientôt, il y aura dans la mer « plus de détritus en plastique que de poissons ». Diantre. Admiratifs de la capacité des scientifiques à sonder ainsi les immensités liquides, on rend les armes…

Adieu, donc, les jolis Tupperware® de notre enfance ! Mister Tupper les avait inventés pour préserver la « qualité nutritionnelle des aliments ». Vidé de son air par un ingénieux système de fermeture, le récipient en plastique, inaltérable, maintenait le contenu alimentaire à l’abri de toute corruption.

Mais inaltérable veut dire, aussi, non dégradable, ce qui est la cause, aujourd’hui, de son bannissement.

Plastique, quel joli mot, pourtant ! Il vient de « plássein », en grec, qui veut dire « moule ». Est plastique tout ce qui se plie au moule. Toutes les formes sont possibles. De ce fait, il est difficile à cerner, car il est multiforme. Ses composantes même sont variables : le pétrole, certes, mais pas que. On peut même faire du plastique avec du lait, nous apprend l’Espace Sciences Juniors !

Après les médias, le pouvoir politique. Trois jours après l’émission, le 14 septembre, l’Assemblée nationale, dans un amendement au projet de loi Agriculture et Alimentation, porté par l’écologiste LREM François-Michel Lambert, énumère les objets qui seront interdits à partir de janvier 2020.

Président-fondateur de l’Institut de l’économie circulaire, qui « met en œuvre une transformation de notre modèle économique pour sortir d’une société de gaspillage », ce député a reçu la Marianne d’or du développement durable et est à l’initiative du collectif contre le permis de gaz de schiste et de charbon du pays d’Aix-Gardanne. Il en veut aux hydrocarbures. Enfin, pas tous, puisqu’il a accepté, en 2016, une mission sur le devenir de Fos, le port pétrolier de Marseille.

Ardent défenseur de la suppression des « couverts, piques à steak, couvercles à verre jetables, plateaux-repas, pots à glace, saladiers, boîtes », il a déclaré : « Allons plus loin ! Faisons en sorte d’attaquer la prochaine décennie en nous éloignant de cette dépendance au plastique. » Et l’ivresse a gagné ses collègues au point que, par 122 voix, ils ont aussi voté l’interdiction des « contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en matière plastique » dans les cantines.

La planète a bon dos. Interdire, c’est tellement bon. François-Michel Lambert, né à Cuba en 1966, et la plupart de ses collèges écolo-macronistes étaient trop jeunes pour avoir pu crier, dans les rues du Paris enfiévré de Mai 68, le slogan fétiche : « Il est interdit d’interdire. » Saturés d’interdits par leur génération de dirigeants écolo-vegans-antispecistes, on se prend, parfois, à le regretter.

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