Culture - Editoriaux - Politique - Table - Tribune - 5 juin 2018

Et si Adeline Hazan allait visiter les commissariats ?

Ainsi, l’accueil qui serait réservé aux migrants à Menton par la police aux frontières (PAF) serait « indigne ».

C’est, du moins, ce que révèle Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté, dans un rapport rendu public ce 5 juin, après une visite inopinée dans les locaux de la PAF. Et madame Hazan de dénoncer pêle-mêle « une prise en charge quotidienne des personnes étrangères… dans des conditions indignes et irrespectueuses de leurs droits », « l’absence de recours à des interprètes professionnels », « l’état immonde des locaux et le manque de matériels d’hygiène ». Et, sans doute pour faire bonne mesure, la violence de policiers (surtout lorsqu’ils sont CRS) qui ne manquent pas de s’en prendre physiquement aux migrants pour des motifs aussi futiles que le fait « qu’ils sont mineurs ». Mais pour que chacun en prenne pour son grade, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, poste dont elle hérita en 2014, à l’initiative de François Hollande, après avoir été battue aux élections municipales à Reims, ne manque pas de souligner « la pression politique » et « le travail à la chaîne des fonctionnaires de police ».

Si elle s’étend longuement sur le sort des migrants qui se présentent en situation irrégulière à la frontière italo-française, celle qui fut également magistrate et présidente du Syndicat de la magistrature de 1986 à 1989 ne fait que peu de commentaires sur les conditions de travail des policiers.

Sans doute les locaux réservés à la police aux frontières de Menton sont-ils dans un état lamentable. Ils n’ont cependant rien à envier à bon nombre de nos commissariats ou brigades de gendarmerie où sont contraints de vivre et de travailler des milliers de fonctionnaires et de militaires. Rappelons-nous, il y a quelques mois à peine, les photos qui circulèrent sur les réseaux sociaux montrant des locaux de police où l’on n’aurait pas mis un migrant. À l’époque, madame Hazan ne s’était pas manifestée.

Pour ce qui est du travail à la chaîne des policiers, celle qui est aujourd’hui chargée de contrôler nos lieux de détention, après avoir été députée européenne de 1999 à 2008, devrait se renseigner sur le rythme des vacations et des déplacements que subissent les forces de l’ordre depuis maintenant plusieurs années. Et elle se rendrait compte que cette situation, dont sont en grande partie responsables ses anciens amis socialistes, n’a malheureusement plus rien d’anormal. Oui, policiers et gendarmes travaillent à flux tendu. Oui, les missions se succèdent à un rythme effréné. Oui, les conditions de travail (locaux, véhicules, matériels) ont rarement été aussi mauvaises, mais la sécurité publique, en France, est globalement assurée.

Sans doute les choses pourraient-elles aller mieux. Mais, pour cela, comme le déclare Gilles William Goldnadel dans une récente tribune, il conviendrait de mettre fin à la « duplicité morale » qui s’impose désormais, notamment, en matière d’immigration. Il faudrait, ainsi, que l’on cesse, dans certains milieux, en vertu d’une morale de circonstance, d’héroïser ou de victimiser ceux qui ne sont que des délinquants (les Théo et autres Herrou, par exemple). Il faudrait, également, que les questions fondamentales, tels le droit d’asile, la responsabilité des États pourvoyeurs de migrants, le droit des peuples européens de voir leurs identités, leurs cultures et leurs frontières reconnues et respectées, soit fermement défendues par ceux qui les dirigent.

Hélas, nous sommes loin du compte, et les rapports, tout juste susceptibles de jeter de l’huile sur le feu, tel que celui que madame Hazan vient de commettre, vont pouvoir continuer de briller par leur inutilité.

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