Philippe de Villiers : « Un acteur qui dépose sa voix au Puy du Fou ne meurt pas car sa voix demeure ! »


Ancien préfet, créateur du parc d’attractions du Puy du Fou, ancien président du conseil général de la Vendée (1988 - 2010), fondateur du Mouvement pour la France

 

En exclusivité pour Boulevard Voltaire, Philippe de Villiers évoque son amitié pour Jean Rochefort et les souvenirs partagés au Puy du Fou. L’acteur qui vient de disparaître avait prêté sa voix au spectacle « Les Mousquetaires de Richelieu ».

J’ai été très peiné par la disparition de Jean Rochefort.
Les grands acteurs comme lui, Jean Piat, Gérard Depardieu, Philippe Noiret, et tous les autres qui sont aussi de grands amis pour le Puy du Fou ne meurent pas. Ils peuvent disparaître, leur voix raisonne toujours et les rend toujours plus présents.
La voix de Jean Rochefort demeure et demeurera encore longtemps comme celle du présentateur du spectacle des mousquetaires de Richelieu au Puy du Fou.

Vous aviez rencontré Jean Rochefort par Jacques Perrin et Schoendoerffer.

J’avais rencontré Jean Rochefort lorsqu’étais secrétaire d’Etat à la Culture, rue de Valois.
Nous avions déjeuné ensemble tous les deux. Je l’avais trouvé très sympathique, avec des qualités d’élégance et de bonnes manières, à la Française.
Il était un homme cultivé, avec une grande culture littéraire et cinématographique.

Ensuite, on s’est revue avec Georges Delerue et Schoendoerffer. C’était les retrouvailles continues du Crabe-tambour, car ils ont tous les deux joué dans le film de Schoendoerffer.

Et puis il est venu au Puy du Fou. Il s’étonne à ce moment-là, sur le mode humoristique, qu’il n’y ait pas sa voix alors qu’il y a la voix de Delon et de Depardieu.
Je lui ai répondu: « Demain matin !».
Il est revenu. Il est venu au studio du Puy du Fou. Nous sommes restés ensemble pendant deux jours. Ce fut un moment incroyablement jovial.
Il était drôle jusqu’au moment où il s’est installé derrière le pupitre pour enregistrer. A ce moment-là, il était très concentré.
Dès le premier jet, c’était remarquable. Il y avait toutes les intonations.
C’était un très grand monsieur et un très grand acteur.

A la mort de Philippe Noiret, Jean Rochefort avait déclaré à son sujet qu’il n’était qu’un passeur.
Le Puy du Pou se reconnaît-il dans cette notion de transmission, de passeur ?

Oui, mais les voix ne meurent pas au Puy du Fou.
Les voix sont vivantes et à travers elles, les personnages qui ont donné leur voix, qui ont fait l’offrande de leur voix le sont aussi.
La générosité de ces grands acteurs les installe dans le coeur des Puyfolais, les membres du Puy du Fou, et aussi des spectateurs, des visiteurs qui retrouvent des intonations et la vie de ces personnalités hors normes. C’est une manière de continuer à vivre avec eux.

Jean Rochefort est donc là avec nous.
Au moment où je vous parle, je suis juste à côté du carrousel, donc juste à l’endroit où Jean Rochefort va continuer à accueillir les millions de visiteurs du Puy du Fou.
J’ai écrit tous les textes pour eux. J’ai écrit le texte des mousquetaires pour Jean Rochefort, pour sa manière d’onduler, de moduler et de poser sa voix sur un coussin de velours. J’ai même écrit les exagérations pour sa voix exagérée.
C’est extraordinaire, car à un moment donné, je lui dis : « Il faut reprendre cette phrase-là, car vous y allez un peu trop fort». Alors, il s’esclaffe: « Ah, les auteurs, les auteurs, les auteurs !».
Depuis, c’est devenu un mot de passe au Puy du Fou. Dès que je dis quelque chose lors d’une réunion de mise en scène, immédiatement Nicolas, Laurent-Albert disent : « Ah, les auteurs, les auteurs, les auteurs !».

Voici une anecdote extraordinaire que personne ne connaît.
Quand il est venu pour enregistrer les textes, il s’est arrêté dans un café routier tout près du Puy du Fou. Quand il est arrivé, le facteur payait sa tournée pour son anniversaire.
Savez-vous ce qu’a fait Jean Rochefort ? Eh bien, il a payé sa tournée. Et en réalité, en arrivant au Puy du Fou, il sentait un peu le vin blanc. Je lui ai dit alors : « Dites donc, vous ne voulez pas de café, parce que ça vous rend la voix râpeuse, mais par contre le pinard … »
Il me répond alors: « C’est une drôle de piquette que vous avez chez vous».
Voilà, c’était un homme incroyable, un homme qui savait cueillir chaque jour comme un moment d’improvisation.

Si vous aviez un seul film de Jean Rochefort à conseiller.

Selon moi, je conseillerai le film de Pierre Schoendoerffer avec Jacques Perrin et Claude Rich.
Le Crabe-tambour est pour moi un chef-d’oeuvre indépassable.

Ancien préfet, créateur du parc d’attractions du Puy du Fou, ancien président du conseil général de la Vendée (1988 - 2010), fondateur du Mouvement pour la France

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