Acte X : la « performance » de Macron n’impressionne guère les gilets jaunes

C’est entendu, il y a gilet jaune et gilet jaune. Entre les casseurs de fin de manifestation de Bordeaux, Toulouse ou Avignon ou ces excités s’acharnant stupidement sur un feu de signalisation à Paris et la grande majorité des milliers de manifestants de cet acte X, l’amalgame que voulaient tenter le Président et le gouvernement en novembre n’est plus possible.

Samedi, ils étaient donc, encore, des milliers à battre le pavé dans toute la France. La force de ce mouvement réside dans sa durée, samedi après samedi. Et cette constance lui permet de se renouveler, de se bonifier, de s’adapter aux évolutions du pouvoir et de l’opinion, d’envoyer de nouveaux messages. Les gilets jaunes ont inventé le contraire du pourrissement que souhaitaient MM. Castaner et Griveaux, pourrissement qui était d’ordinaire le destin naturel de tout mouvement social. On est là face à une mobilisation vraiment inédite qui demandera des réponses fortes et profondes : ni la répression, ni des concessions de quinze milliards, ni un grand débat – dont les limites sont patentes, une semaine à peine après son lancement – n’en viendront à bout. Si pourrissement il y a, il ne touchera pas le mouvement mais bien ce pouvoir qui n’a trouvé aucune issue.

Ainsi, cet acte X qui répondait aux deux shows présidentiels au milieu des maires de Normandie, mercredi, puis d’Occitanie, vendredi, a-t-il envoyé au pouvoir et à l’opinion plusieurs messages clairs.

D’abord, les gilets jaunes, par des manifestations très majoritairement pacifiques, ont montré que le dialogue policé et républicain n’était pas l’apanage d’un Président en bras de chemise écoutant attentivement les interventions très respectueuses de maires choisis.

Ensuite, la géographie des mobilisations constituait une réponse directe au Président venu dialoguer avec les maires d’Occitanie dans une petite ville de Souillac transformée, pour l’occasion, en camp retranché. En effet, on a constaté, samedi, une augmentation de la mobilisation dans cette région : un record de manifestants à Toulouse (plus de 10 000 selon la préfecture et certainement 15 000 en réalité), mais aussi 3.000 manifestants à Béziers et un millier à Foix, petite préfecture de l’Ariège. Dans la région voisine, à Bordeaux, noyau dur du mouvement, on comptait encore entre 5.000 et 6.000 manifestants. Le Sud-Ouest avait tenu à signifier au Président souillagais d’un jour qu’il n’était pas dupe de cette campagne de com’.

Enfin, par leur persévérance et leur volonté d’axer leur manifestation parisienne sur l’hommage aux victimes, aux blessés et aux mutilés, les gilets jaunes ont imposé dans les médias la question des violences policières et ont donné au mouvement une tonalité qui ne peut laisser personne insensible. Le visage et le témoignage de la petite Fiorina sont entrés dans l’histoire de ce mouvement et auront une influence sur sa perception par l’opinion. Ainsi, à côté des « Macron démission », on entendait aussi très souvent le nom de Castaner, et dans des slogans peu amènes. Pas étonnant que l’intéressé fasse, désormais, profil bas.

En résumé, avec le mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron et son gouvernement se prennent en pleine face les quatre fractures du pays qu’ils négligeaient au profit d’une vision exclusivement économique :
– la question sécuritaire, avec les violences des casseurs qu’ils n’arrivent pas à mettre hors d’état de nuire,
– la question sociale,
– la question identitaire,
– la question de la représentativité et de la légitimité politiques.

Le gros souci, c’est qu’ils n’ont pas encore commencé à traiter le fond de ces problèmes, préférant battre la campagne et tenter une victoire par la com’. Face à un mouvement aussi profond, c’est un très mauvais calcul.

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