Audio - Editoriaux - Entretiens - Religion - 15 février 2019

Abbé Christian Venard : « Quand un scandale touche l’Église, c’est toute l’Église qui souffre »

Après quatre ans d’enquête sortira, la semaine prochaine, le livre de Frédéric Martel, Sodoma. Enquête au cœur du Vatican, livre qui révèle la place de l’homosexualité au sein même du Vatican.

L’abbé Christian Venard réagit au micro de Boulevard Voltaire et fait part de son sentiment de « tristesse, d’humiliation et d’accablement » face à ce phénomène.

Quelle a été votre première impression en prenant connaissance de ce travail ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, je n’ai pas encore lu tout le livre, mais j’ai eu, en avant-première par le journal Le Point, un certain nombre d’extraits de ce livre. Le Point souhaitait avoir ma réaction et je la leur ai donnée.
Ma première réaction face à ce que j’ai lu, c’est évidemment beaucoup de tristesse parce qu’il s’agit de mon Église, de l’Église catholique à laquelle j’appartiens, cette Église à laquelle j’ai donné ma vie en donnant ma vie au Christ.
C’est comme dans le scandale de la pédophilie. Le pape François a très bien rappelé que lorsqu’un membre de l’Église souffre, toute l’Église souffre.
À ce sentiment de tristesse s’ajoute aussi un sentiment d’humiliation. Quand Dieu permet que son peuple soit humilié, le peuple n’est pas très content. On le voit dans l’Histoire biblique, mais c’est un appel à la conversion.
En lisant ce livre, plusieurs sentiments me viennent. Un sentiment de tristesse, un sentiment d’humiliation et, enfin, une forme d’accablement. Il y a, dans ce livre, un certain nombre de choses qui sont plus ou moins connues, mais qui y sont mises en lumière.
Même si je ne suis pas naïf, il est vrai qu’avec la crise pédophile qui a commencé il y a de cela vingt ans, on pouvait espérer que des mesures un peu plus draconiennes soient prises. Ce que semble montrer ce livre, c’est qu’au plus haut niveau de l’Église, en tout cas, dans sa portion centrale, qu’on appelle le Vatican, de toute évidence, ça n’a pas été le cas.

Cela met en lumière la lettre de Monseigneur Vigano. Il avait mis en lumière ces lobbies homos au sein du Vatican…

Je ne connais pas assez le cas Vigano, comme on l’a appelé. Je pense qu’il faut être très pragmatique.
Frédéric Martel sort son livre à un moment qui correspond avec l’ouverture, à Rome, de ce conseil qu’a voulu le pape avec tous les représentants des épiscopats du monde entier au sujet de la pédophilie. Le calendrier est certainement plus dans ce sens-là. De même que la sortie du film de Ozon sur la question pédophile et sur l’affaire Preynat. Ce sont plutôt, si vous me passez le mot, des opportunités éditoriales qui sont davantage liées à cette actualité-là.
Cela va sûrement apporter de l’eau au moulin de Monseigneur Vigano ou de ceux qui le soutiennent dans la mesure où le livre met en lumière de graves défauts de comportements de clercs de la Curie et de tout niveau.
Pour ce que j’ai pu lire du livre, je pense qu’il y a aussi à la fois des éléments vrais qui sont appuyés. C’est quelqu’un qui a fait quatre ans d’enquête. Il donne des éléments de crédibilité à son enquête par la manière dont il la raconte. Il y a aussi, dans les passages que j’ai pu lire, des choses qui relèvent presque du grotesque et de l’extrapolation. Certains éléments sont exagérés.

On serait quand même tenté de dire que le fait qu’il y ait des homosexuels dans l’Église n’étonne personne. S’agit-il d’un mal, finalement ?

Ce qui est un mal en soi, au-delà de la question de l’homosexualité ou tout simplement de la sexualité, c’est que l’être humain est un composé de grâces et de péchés. Que l’on soit pape ou simple fidèle, nous sommes tous de pauvres pécheurs. Nous le disons à chaque « Je vous salue Marie » : « Priez pour nous, pauvres pécheurs. » Au début de chaque messe, nous demandons pardon pour nos péchés.
J’aime beaucoup cette phrase de Jean-Paul II qui rappelait « Qu’est-ce que l’Église ? C’est un corps de pécheurs, mais de pécheurs pardonnés. » Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. La cour des Borgia ne devait pas être très belle à voir, de ce point de vue-là.

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