Abbé Christian Vénard : « À travers l’exemple du père Hamel, la population française se réapproprie son histoire et l’Église »

Ce 26 juillet 2018 marque les deux ans de l’assassinat du père Hamel par des terroristes se revendiquant de l’État islamiste.

L’abbé Christian Vénard, auteur des ouvrages Un prêtre à la guerre et La densification de l’être, rappelle le sens du sacrifice de ce prêtre mort en martyr alors qu’il célébrait la messe, et l’évolution de l’opinion française sur l’Église, à la suite de cet attentat.

Nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire des deux ans de la mort du père Hamel. Deux ans après, que reste-t-il du père Hamel et de cet attentat au sein de l’Église ?

J’ai l’impression qu’au sein de l’Église, il reste une image extrêmement forte et puissante d’un prêtre qui est allé jusqu’au bout de son engagement dans la simplicité et l’humilité de ce qu’était sa vocation, c’est-à-dire prêtre dans une petite paroisse de Normandie. Jusqu’au bout, car à la fois on voit en lui ce dévouement d’un vieux prêtre, d’un vieux monsieur qui continue son œuvre et aussi puisque pris pour cible par des terroristes de l’État islamique, il meurt martyr au nom de la foi au cours même de la messe. Je rappelle que la messe est, pour nous chrétiens et encore plus pour un prêtre, le mystère central de notre vie, le sacrifice du christ.

Cet assassinat a aussi rappelé que les prêtres étaient des citoyens comme les autres et qu’ils pouvaient eux aussi être touchés par le terrorisme.
La crainte de l’attentat habite-t-elle les prêtres en France ?

Je ne dirais pas la crainte. De toute évidence, je peux le constater dans mes fonctions actuelles d’aumônier en gendarmerie, les diocèses, les prêtres et l’ensemble des communautés chrétiennes ont pris conscience que la sécurité devait être prise au sérieux et que lorsque les autorités civiles imposaient parfois des règles un peu plus strictes, cela n’était pas pour rien. Il est évident que l’attentat dont a été victime le père Hamel a fait bouger les lignes. Il y a eu après cela une véritable prise de conscience que désormais ce que représente l’Église, y compris dans ses bâtiments, pouvait être des cibles symboliques pour l’État islamique.

Il y a deux ans à la messe à Notre Dame de Paris, François Hollande et Monseigneur Vingt-Trois étaient main dans la main. Dans beaucoup de célébrations, nous voyons un mélange de République et d’Église catholique.
UN des fruits de cet attentat peut-il être un rapprochement entre l’Église et la République ?

J’avais réagi en son temps dans le Point après le grand discours qu’avez prononcé le président de la République, François Hollande quand il disait : «  tuer un prêtre, c’est profaner la République ».
Je renvoie de manière un peu plus développée à ce que j’avais déjà pu écrire il y a deux ans. Je pense qu’au-delà de la question République/Église, il y a évidemment à travers de telles histoires, aussi dramatiques soient-elles, une réappropriation de la population française de son Histoire et de l’Église.
Jusqu’à peu, on parlait uniquement de l’Église pour se moquer ou pour pointer du doigt les prêtres pédophiles. À travers des exemples comme celui-là, ou comme celui du colonel Beltrame par son engagement chrétien, il me semble que beaucoup de prêtres sentent dans la population que cette espèce d’hostilité latente qui existait conte l’Église tend à fondre.

Vous êtes aumônier militaire de gendarmerie et prêtre. Les deux derniers martyrs du terrorisme étaient le père Hamel et le colonel Beltrame.
Ils peuvent représenter les deux ennemis « parfaits » des terroristes par les aspects militaire ou religieux.

Oui et non. Non parce que je crois que chacun d’entre nous quel qu’il soit est un ennemi parfait pour un terroriste. Le terroriste ne fait pas de différence, il veut semer la terreur, ni plus ni moins. Chez certains terroristes qui ont préparé un peu plus leur action, la charge symbolique vient s’ajouter en effet à l’horreur. Évidemment, dans ce cadre-là, lorsqu’il s’agit d’un prêtre ou d’un membre des forces de l’ordre, il y a une forte dimension symbolique.
J’étais malheureusement aux premières loges dans l’affaire Merah. Deux de mes soldats sont morts dans mes bras à Montauban. Le symbole qui était alors visé était moins tel ou tel individu que ce qu’il représentait, c’est-à-dire des parachutistes dont le régiment était engagé en Afghanistan contre l’islamisme. Lorsqu’on cible un prêtre, on cible aussi les chrétiens. Dans l’esprit de l’islam radical, ce sont les croisés. Lorsqu’on vise un membre des forces de l’ordre, on vise évidemment la République, et à travers elle, la France.

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