Culture - Discours - Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - 25 avril 2016

À quoi joue Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron vient encore de défrayer la chronique en déclarant dans une interview diffusée le 24 avril dans l’émission « Vox Pop » sur Arte : « Je suis de gauche, c’est mon histoire, mais la gauche aujourd’hui ne me satisfait pas. » Voilà un nouveau pavé dans la mare qui ne va plaire ni à Matignon ni à l’Élysée. L’exécutif devait déjà faire face aux frondeurs de la rue de Solférino et à ceux de l’Assemblée nationale parce que la politique gouvernementale n’était pas assez à gauche, voilà maintenant qu’il doit affronter une autre fronde en son sein. Nettement plus libérale, et d’aucuns diraient « beaucoup plus à droite ».

Existe-t-il un paradoxe Macron ? Et à quoi joue-t-il ? Le ministre de l’Économie se dit de gauche mais a prouvé à plusieurs reprises qu’il était proche des milieux de l’entreprise et des banques. Lui-même n’était-il pas, jusqu’en mai 2012, banquier d’affaires chez Rothschild & Cie avant de rejoindre le poste de secrétaire général adjoint à l’Élysée ? Ne s’est-il pas prononcé aussi pour la suppression de l’ISF, pour la fin des 35 heures et l’ouverture des magasins le dimanche ?

Le 6 avril dernier, il a créé son propre parti, En Marche, en déclarant que ce mouvement « ne sera ni de gauche, ni de droite ». Son objectif ? Mettre fin au « système bipartiste, avec d’un côté le PS et de l’autre Les Républicains ». Officiellement, ce parti n’affiche pas l’ambition de nourrir un « programme présidentiel ».

Le 21 avril, une date symbolique pour les socialistes, le même jeune ministre a accordé une interview à L’Est républicain et a déclaré : « J’ai une loyauté personnelle envers François Hollande. Je lui dois de m’avoir fait confiance et de m’avoir nommé au gouvernement. En même temps, lorsqu’un président nomme quelqu’un ministre, il le fait parce qu’il pense que c’est bon pour son pays, pas pour en faire son obligé. » Emmanuel Macron n’est pas l’obligé de François Hollande alors que c’est ce dernier qui l’a nommé deux fois ? François Hollande avait bien tenté de le recadrer une première fois le 14 avril : « Il sait ce qu’il me doit. » Apparemment, le rappel à l’ordre n’a pas suffi.

Emmanuel Macron devrait en toute logique jouer la solidarité gouvernementale et adopter une certaine neutralité dans ses propos. Il ne le fait pas, parce qu’il sait qu’il a le vent en poupe, que son discours est séduisant, qu’il répond en partie aux attentes des Français qu’il veut remettre au travail. Il sait aussi qu’il est protégé par l’Élysée. Car François Hollande a besoin de lui pour donner quelques gages à sa politique et pour cacher un bilan désastreux.

Le jeune ministre sait également qu’il pèse maintenant dans le paysage politique français, qu’au centre de l’échiquier politique, il représente une alternative tout aussi crédible que celle de Manuel Valls et nettement plus que celle d’un François Bayrou ou d’une Rama Yade. Il mord aussi sur l’électorat d’un Alain Juppé ou d’un François Fillon.

Mais, finalement, les Français ne connaissent que le programme économique du jeune ministre. Qu’en est-il du reste ? L’immigration ? La culture ? La fonction publique ? La défense ? La justice ? Etc. C’est là que beaucoup l’attendent au tournant et que les règles du jeu pourraient être modifiées.

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