Economie - Editoriaux - 29 septembre 2018

À qui profite l’impôt ?

La France est championne d’Europe des prélèvements obligatoires. C’est presque la moitié des richesses produites par les Français que l’État confisque chaque année. Pourtant, cela ne lui semble pas assez. Le gouvernement projette de généraliser la redevance télévisuelle à tous (même ceux qui n’ont pas la télé), d’augmenter les impôts sur les successions (sur des biens, donc, qui ont déjà subi l’impôt), et l’abaissement de la vitesse sur les routes a déjà permis une augmentation des revenus des radars (ce qui est une forme de taxation).

Si cet argent, pris essentiellement aux classes moyennes, permettait un service public efficace aux citoyens, si ceux-ci recevaient de l’État en proportion de ce qu’ils lui donnent, ce record pourrait se justifier. Mais qu’observe-t-on ?

Les routes sont de moins en moins bien entretenues, surtout en milieu rural. Milieu rural qui voit disparaître les trains et les services publics. Les enseignants français sont parmi les plus mal payés de l’OCDE et les enquêtes internationales montrent le peu d’efficacité de l’école française. Les infirmiers et les aides-soignants des hôpitaux, eux aussi mal payés, sont en nombre insuffisant ; tout comme les médecins hospitaliers. Les commissariats et les gendarmeries sont dégradés, parfois insalubres ; les matériels vétustes (en dehors des radars…) ; les policiers sont tellement sollicités qu’ils ne peuvent prendre leurs congés. Les prisons sont dans un état qui fait honte à la France, qui se prétend le pays des droits de l’homme ; les prisonniers s’entassent dans des cellules miteuses où ils doivent parfois disputer la place aux rats. Les délais de jugement des tribunaux s’allongent, faute de magistrats et de greffiers en nombre suffisant ; là aussi, l’état des bâtiments pose problème : des dossiers prennent l’humidité, parfois même des pièces disparaissent. Les soldats en opération sont mal équipés, beaucoup d’entre eux sont contraints d’acheter leur propre matériel s’ils veulent une protection efficace contre les armes ennemies ; beaucoup de matériels (hélicoptères, blindés) sont inutilisables, faute d’entretien et de pièces.

Pourtant, c’est encore aux fonctionnaires, qui portent à bout de bras les services publics, que le gouvernement demande des efforts pour réduire le déficit de l’État : baisse d’effectifs, gel du point d’indice, heures supplémentaires, sans perspective d’amélioration de leurs conditions de travail.

Il apparaît clairement que l’argent pris par l’État aux citoyens ne concourt pas au bien commun. Dès lors, la question se pose : à qui profite cet argent ? Ce serait à ces accapareurs qu’il faudrait demander des comptes et sur eux qu’il serait légitime de faire porter l’effort de réduction des déficits publics. Encore faudrait-il avoir la volonté d’identifier les profiteurs, ce qui ne doit pas être très difficile, et, surtout, la volonté de sévir.

En 1269, Louis IX expulsait les banquiers lombards qui, par l’usure, accaparaient les richesses des Français. Aujourd’hui, c’est un de leurs protégés qui est à la tête du pays. Autre régime, autres mœurs.

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