Editoriaux - Industrie - Médias - Presse - Réflexions - Santé - Tribune - 29 janvier 2018

À l’hosto, ça balance aussi

Après « Balance ton porc » à l’intitulé si généraliste qu’il eût pu annoncer n’importe quelle dérive salace, honteuse ou… culinaire, les « balance ton… » font florès.

Un des derniers en date, « Balance ton hosto », fut mis en ligne sur les réseaux sociaux, non par des patients mécontents des soins reçus à l’hôpital, mais par des soignants eux-mêmes, qui ont vite trouvé dans cette forme d’expression la possibilité d’exprimer les difficultés qu’ils ont à vivre leur profession. Ensuite, la presse grand public a semblé découvrir, à travers des tribunes ou des manifestes publiés dans les colonnes de nos « médias à penser juste », que tout n’était pas rose au sein de nos hôpitaux.

Les soignants dénoncent, une fois de plus, leurs conditions de travail, devenues très contraignantes depuis l’application des 35 heures, les aberrations de gestion dans les schémas organisationnels des soins, et critiquent même la conception de certains hôpitaux.

Ces soignants qui, ne l’oublions pas, choisissent ce métier par goût et par passion, expriment aussi leur désarroi lorsqu’ils se retrouvent contraints d’effectuer des soins avec des cadences industrielles, quand la notion de rentabilité de l’outil prime sur l’écoute du patient. On note souvent, dans les réflexions de ces professionnels, leur déception de n’être considérés que comme des outils dans une chaîne de soins déshumanisée.

Rien d’étonnant à cela car il était évident que l’introduction de critères purement économiques, issus du management marketing, dans le mode de fonctionnement des hôpitaux ne pouvait qu’entraîner des dysfonctionnements dans des services qui réparent de l’humain et non des machines, et où le bien-être du malade (et, donc, celui des soignants) devrait rester la préoccupation principale.

Depuis maintenant de nombreuses années, on voit se multiplier de façon exponentielle, dans les hôpitaux, les cadres administratifs et les techniciens de tous ordres au détriment du nombre de soignants, et on assiste à la perte de pouvoir de ces derniers dans la prise de décisions sur le fonctionnement des services, ce qui accentue encore le sentiment de dévalorisation de leurs fonctions.

Avec « Balance ton hosto », on peut aussi noter l’importance prise par les réseaux sociaux dans des revendications qui débordent largement le cadre habituel, officialisé et bien canalisé, pour venir débattre directement en place publique, sans passer par les canaux institutionnels.

Cette « ubérisation » du mode de revendication, où chacun vient exposer son cas sur l’agora, engendre sans doute des excès, mais permet aussi, par une meilleure information des masses populaires, trop souvent ignorées ou méprisées par nos dirigeants, une prise en compte plus efficace de revendications, à l’hôpital comme ailleurs.

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