Crèches de Noël

À Hénin-Beaumont, Jésus ira crécher dans les pages d’un magazine

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

Pour protester contre la décision de justice interdisant l’installation d’une crèche de Noël dans le hall de l’hôtel de ville d’Hénin-Beaumont, le maire Front national Steeve Briois a décidé de lancer un concours de « la plus belle crèche de Noël » à destination de ses administrés. Le gagnant, est-il précisé dans le journal municipal, « recevra un prix de la part de la municipalité et verra sa crèche mise à l’honneur dans le prochain numéro du magazine Hénin-Beaumont c’est vous ! ».

L’édile justifie cette initiative par un arrêt de la cour administrative d’appel de Douai du 16 novembre dernier confirmant l’illégalité d’une crèche installée dans le hall de l’hôtel de ville durant un mois, du 1er décembre 2015 au 5 janvier 2016. Cette décision, que le maire juge « absurde, invraisemblable et abracadabrantesque », est un copier-coller de l’arrêt du Conseil d’État du 9 novembre 2016, par lequel, pour condamner l’installation d’une crèche dans l’enceinte de la mairie de Béziers (ainsi que celle de Melun), les robins du Palais-Royal avaient retenu « qu’une crèche de Noël [étant] une représentation susceptible de revêtir une pluralité de significations », celle-ci devait impérativement être dépouillée de toute connotation religieuse et présenter exclusivement « un caractère culturel, artistique ou festif », ce dernier élément n’étant nullement établi dès lors que ladite crèche était installée aux abords immédiats ou à l’intérieur d’un « bâtiment public, siège d’une collectivité publique ».

On n’ergotera pas sur l’interprétation à géométrie variable d’un principe de laïcité directement retourné contre les symboles et emblèmes chrétiens, et spécialement catholiques, par ceux-là mêmes qui n’ont pas les même préventions de pucelles à l’égard de la communauté mahométane d’importation à qui elle offre terrains et parfois bâtiments à des conditions tellement prohibitives qu’elles en feraient rougir le petit père Combes.

Reste à savoir quelle issue sera réservée à ce concours municipal devant, qui plus est, figurer en bonne place dans les pages du magazine municipal. Gageons que son opposition, bien que « préférant mobiliser sa faible énergie contre nos traditions plutôt que sur les grands dossiers », selon les termes du premier magistrat de la ville, saura retrouver, pour l’occasion, la même oreille attentive et compatissante des tribunaux.

On saluera à Hénin-Beaumont et ailleurs (la cité biterroise, notamment) ces courageux actes de résistance des maires et municipalités qui n’entendent pas fléchir sous les oukases, fussent-ils judiciaires, du politiquement correct. Mais l’on doit regretter, dans un même élan, l’apathie – confinant quelquefois à la veulerie -, sinon la froide indifférence – qui vaut, en l’occurrence, brevet de complicité et même de soumission –, de nombre de villes et villages qui manquent de saisir, une fois dans l’année, l’occasion de réaffirmer, haut et fort, nos traditions chrétienne et païenne.

Ce faisant, ils contribueraient, avec le temps, à entretenir ce vieux fond d’antique et ineffable religiosité que tout un chacun resterait libre d’accommoder à sa propre sauce, mais qui témoignerait du même et indestructible attachement collectif aux traditions de nos pères. L’âme d’un peuple s’altère par corrosion progressive lorsque ses ressorts sont demeurés trop longtemps sous les eaux acides de l’oubli.

« Dans une société où la “culture” est quelque chose de nivelé, d’extrinsèque, d’utilitaire, et où la tradition a cessé d’être une force formatrice et vivante […], dans une telle société agissent des forces qui, à la longue, ne peuvent pas ne pas avoir d’incidence sur la constitution même des individus, avec pour effet de frapper tout ce qui est typique et différencié, jusque dans le domaine psychophysique » », estimait Julius Evola.

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