À 26 jours du 1er tour, n’y a-t-il rien de plus urgent que de dénigrer Marion ?


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

Marine Le Pen est parfois difficile à suivre dans sa stratégie électorale. Solidement installée, selon les sondages, en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec un programme cohérent et adapté à la situation que connaît notre pays, son seul objectif devrait être comment parvenir à l’emporter au second tour. Il est vrai que, créditée d’un score, au soir du 28 avril, d’un peu moins de 30 % des suffrages, la présidente du Front national se trouve confrontée à un véritable défi. Comment gagner les 20 points manquants, qui lui permettront de l’emporter le 7 mai ?

D’élections en élections, cette question s’est inlassablement posée. De nombreux observateurs politiques, mais aussi des militants ayant tout simplement le sens de l’arithmétique, ont rapidement compris que, dans le système majoritaire actuel, il était quasiment impossible d’emporter une élection majeure sans parvenir à élargir sa base électorale. Et ce, d’autant plus s’agissant d’une formation qui, même si elle a déjà de nombreuses années de présence dans le paysage politique, n’existe, en tant que force électorale, que depuis relativement peu de temps. Qu’on le veuille ou pas, c’est bien là que réside le point faible du Front national. Où sont ses réserves de voix ?

D’où cette vraie surprise que de voir Marine Le Pen dénigrer sa nièce, Marion, dans les colonnes de Femme actuelle ce lundi 27 mars. Qu’il n’y ait pas eu, au Front national, de volonté de rechercher des alliances en vue des élections à venir, soit. Ce choix, politiquement assumé depuis longtemps, est respectable, même si peu réaliste. Mais sembler vouloir écarter la pièce majeure que constitue Marion Maréchal-Le Pen au sein du parti frontiste relève d’une faute stratégique. D’abord parce que certaines des déclarations visant Marion sont, dans le contexte actuel, déplacées.

En effet, évoquer sa « raideur » et son « inexpérience » ne renforce en rien l’image de chef incontestable et incontesté de Marine Le Pen, mais fragilise politiquement sa nièce en vue des prochaines législatives. D’autant qu’à en juger par ses combats passés, cette « raideur » que Marion partagerait, d’une façon générale, avec les jeunes Français relève certainement plus de ses convictions, solidement ancrées, que d’une maladie de jeunesse. Quant à son inexpérience supposée, faut-il rappeler que Marion assume son mandat de députée avec maîtrise et compétence depuis cinq ans dans un Hémicycle socialiste particulièrement hostile. Et qu’elle a conduit, de main de maître, la liste du FN en PACA lors des dernières régionales. Enfin, n’est-ce pas donner du grain à moudre à des opposants politiques, qui ne manquent pas, chaque fois qu’ils en ont l’occasion, de souligner les dissensions internes au Front national afin de mieux l’affaiblir ?

En outre, ces déclarations à l’encontre de Marion ne risquent-elles pas d’être mal vécues par de nombreux militants ? Faut-il rappeler le trouble causé en décembre dernier, au sein du parti, sur la question du remboursement de l’IVG. Il était donc inutile de rajouter de la confusion par ces remarques peu amènes.

Ainsi, que Marine Le Pen, élue présidente de la République, ne veuille pas, qu’elles qu’en soient les raisons, de Marion au sein de son gouvernement, c’est son droit le plus absolu. Mais sans doute ces aveux sur la place publique, à quelques semaines du premier tour d’une présidentielle indécise, n’étaient-ils pas nécessaires au moment où, plus que jamais, les troupes doivent rester mobilisées.

PS : au moment où cet article va être publié, Marine Le Pen vient de déclarer sur France 2, à David Pujadas, que cette déclaration sur sa nièce était une réponse à la préoccupation des Français quant aux liens familiaux en politique. Et a profité de l’occasion pour réaffirmer que Marion était une jeune femme formidable… Dont acte.

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

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