Editoriaux - 8 août 2018

80 km/h : « Non seulement il nous em… mais il nous pique notre pognon ! »

Selon ses dires, sa mesure n’était pas faite pour « emmerder » les Français. Pas plus qu’elle n’était destinée à renflouer les caisses d’un État nécessiteux en recherche permanente d’argent. Il n’empêche, la mise en œuvre de la limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau routier secondaire français (400.000 kilomètres de route environ) n’aura pas tardé à démentir les propos provocateurs d’Édouard Philippe. Et face aux mensonges éhontés du Premier ministre, les chiffres recueillis à l’issue du premier mois d’application de ce qui n’est, ni plus ni moins, qu’un racket d’État sont là pour le prouver. En effet, au mois de juillet de cette année, le nombre de véhicules flashés sur les routes a été multiplié par 2,1 par rapport au mois de juillet 2017. Ce sont, ainsi, 260.000 automobilistes supplémentaires qui n’ont pas été « emmerdés » par cette nouvelle décision gouvernementale et qui ont reçu, ou ne tarderont pas à recevoir, un avis de contravention et de perte de points sur leur permis de conduire qui, lui non plus, ne les « emmerdera » pas. Pour être tout à fait complet, il convient de préciser que ce sont plus de 500.000 flashs qui ont fonctionné sur l’ensemble du territoire national à l’occasion du premier mois des vacances d’été !

Il faut dire que cette nouvelle mesure est venue compléter le dispositif de chasse aux conducteurs déjà en place dans notre pays depuis plusieurs années. Parmi les pièges, les radars fixes sont en bonne place. Surtout lorsqu’ils sont positionnés sur des portions de route bien droite, où la vitesse autorisée change tous les 500 mètres ! Il y a, bien entendu, les radars mobiles, mis en place par les forces de l’ordre, selon les instructions chiffrées qu’elles reçoivent. Et l’ensemble des dispositifs techniques, tels que les voitures banalisées, qui viennent compléter un arsenal auquel l’automobiliste ne peut quasiment plus échapper. Face à un tel système, ce ne sont plus des vies que l’on veut épargner mais bien des caisses que l’on veut remplir. Là encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ainsi, les 260.000 flashs supplémentaires enregistrés représentent, au minimum, 17.680.000 euros de recettes à venir.

Cependant, le Premier ministre s’est montré peu loquace au sujet du dernier rapport sur l’état des routes françaises qui vient d’être publié. Selon un rapport d’audit externe commandité par le ministère des Transports, et réalisé par deux bureaux d’études suisses, il apparaît que notre réseau routier ne cesse de se dégrader. À tel point que, sans interventions majeures, près de 60 % de nos routes seront « très dégradées » d’ici une quinzaine d’années. Les raisons de ces dégradations sont connues. D’un point de vue pratique, elles relèvent d’une sur-utilisation qui ne fait qu’empirer au fil des ans. D’un point de vue technique, il s’agit d’une absence de moyens financiers que l’État n’a pas su ou voulu dégager ces dernières années.

La mortalité sur les routes n’est donc pas seulement due aux excès de vitesse. D’ailleurs, ceux-ci n’interviennent « qu’en » quatrième position après l’alcool et la drogue, l’inattention du conducteur et l’état de la chaussée. Encore faut-il noter qu’en matière d’accidents corporels, et donc mortels, la vitesse excessive s’apprécie en fonction des conditions de circulation, et non en tant que mesure intrinsèque.

Ce dossier n’a donc rien à voir avec la sécurité routière. Il n’a en aucune manière été appréhendé de façon globale et exhaustive. Seule la disposition la plus facile, à défaut d’être la plus efficace, ayant été adoptée à l’issue d’une expérimentation tronquée et sujette à caution. Et dont les résultats n’ont jamais été publiés.

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